Des centaines de personnes ont manifesté, ce midi, devant l'Assemblée nationale, à Québec, pour dénoncer la réforme visant à modifier les critères d'admissibilité à l'aide sociale. Émilie Roy faisait partie des manifestants. Cette ancienne prostituée et toxicomane n'hésite pas à affirmer que l'aide sociale lui a sauvé la vie.

Un texte de Marie Maude Pontbriand

À sa sortie du Centre jeunesse, à l'âge de 17 ans, Émilie Roy s'est retrouvée dans la rue à consommer de la drogue par intraveineuse et à se prostituer plusieurs fois par jour pour payer ses doses.

C'est une intervenante sociale de la maison Dauphine à Québec qui l'a convaincue de s'inscrire à l'aide sociale et de suivre une cure de désintoxication.

Elle précise qu'elle a pu le faire à son rythme sans pression pour se trouver un emploi.

Comme la plupart des syndicats et de nombreux organismes communautaires, Émilie Roy s'inquiète de la mise en place de nouvelles mesures punitives pour les personnes assistées sociales avec la réforme du gouvernement Couillard.

La femme croit qu'elle risque de décourager bien des jeunes. C'est pour cette raison qu'elle a choisi de raconter son histoire publiquement. 

Favoriser le retour à l'emploi?

Le gouvernement affirme vouloir favoriser l'intégration à l'emploi des nouveaux demandeurs d'aide sociale avec sa réforme. Le projet de loi prévoit notamment que la prestation d'aide sociale de base de 623 $ par mois soit bonifiée avec une prestation supplémentaire pour participer à un programme de retour au travail.

Le projet de loi prévoit aussi une pénalité à ceux qui n'adhèreront pas au programme ou qui commettraient des manquements à leur plan de retour au travail. Ce qui signifie qu'en plus de ne pas recevoir la prestation supplémentaire, ils pourraient voir leur prestation de base réduite de moitié.

À l'origine de la manifestation à Québec, la Coalition objectif dignité rassemble une vingtaine d'associations qui militent contre le projet de loi 70. Elle dénonce les effets dévastateurs de la réforme qui fera l'objet d'une consultation publique à compter d'aujourd'hui.

Une réforme dénoncée

Le professeur de Travail social à l'UQAR, Jean-Yves Desgagnés, doute également des objectifs réels du gouvernement. « Les véritables intentions de ce projet-là, au-delà de prétendre d'intégrer les gens à l'emploi, c'est de faire des économies parce qu'on sait qu'on est dans un contexte d'austérité. »

Il estime qu'une telle réforme va à l'encontre de plusieurs constats scientifiques et qu'elle pourrait avoir des conséquences majeures sur la société québécoise comme l'augmentation de la fréquentation des banques alimentaires et même du taux de criminalité.

Le chercheur croit plutôt que pour diminuer le nombre de prestataires d'aide sociale, il faudrait augmenter le financement d'Emploi Québec et se concentrer sur la création d'emplois.

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