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L'armée canadienne blâmée pour le drame des cadets de Valcartier

Les Forces canadiennes ont traité injustement les jeunes cadets impliqués dans l'explosion qui a fait six morts à la base de Valcartier en 1974. Dans un rapport attendu, l'ombudsman de la Défense nationale recommande que les survivants de cette tragédie aient droit à des soins et une indemnité financière.

Quarante et un ans ont passé depuis les événements, mais le rapport d'enquête de l'ombudsman vient tout juste d'être rendu public. Gary Walbourne avait promis en mai 2014, quelque temps après son entrée en poste, de faire la lumière sur ces événements.

L'ombudsman reproche notamment aux Forces canadiennes de ne pas avoir offert un soutien adéquat aux jeunes cadets impliqués dans cette tragédie, survenue le 30 juillet 1974. Contrairement aux militaires présents ce jour-là, les cadets blessés n'ont jamais reçu d'aide médicale ou psychologique.

Plusieurs survivants souffrent pourtant de stress post-traumatique. L'armée a fait preuve « d'un manque flagrant de considération » pour les jeunes dont elle était responsable. Une attitude qualifiée « d'inexcusable » par l'ombudsman.

L'explosion a tué six cadets de 14 et 15 ans, et 65 autres ont été blessés, certains grièvement. Ces survivants n'ont jamais été indemnisés par la Défense nationale, soi-disant parce qu'ils n'étaient pas membres des Forces. Seuls les frais funéraires des six cadets tués par l'explosion ont été pris en charge par les Forces canadiennes.

Certains cadets ont pourtant été blessés sérieusement dans la tragédie. Michel Juneau-Katsua, aujourd'hui expert en matière de sécurité et de renseignements, était parmi les jeunes cadets du camp en 1974. Il a reçu des éclats de grenade qui ont nécessité une intervention chirurgicale, mais il n'a pas gardé de séquelles. D'autres n'ont pas eu cette chance.

« Certains sont restés infirmes pour le restant de leur vie. Ils ont subi des séquelles physiques et même psychologiques et des traumatismes crâniens. Moi, je suis l'un des chanceux dans cette malchance », témoigne-t-il.

Manque de compassion

Dans son rapport, l'ombudsman de la Défense nationale souligne aussi le manque de compassion dont l'armée a fait preuve à l'endroit des victimes lors de la commission d'enquête menée après la tragédie. Des survivants disent avoir été interrogés de manière parfois brutale, intimidés même, tout en étant tenus au secret.

Une approche « extrêmement protocolaire » qui n'a fait qu'accentuer le traumatisme de ces adolescents déjà vulnérables, souligne l'ombudsman.

Gary Walbourne réclame une évaluation immédiate de l'état de santé physique et psychologique de chacun des cadets impliqués dans ce drame. Sans préciser de montants, il recommande aussi le versement d'indemnités « raisonnables » aux victimes.

Des années de silence

Quant au flou qui persiste depuis des années autour des événements et du traitement réservé aux victimes, l'ombudsman souligne que la formation de groupes sur les réseaux sociaux, notamment, a contribué à faire accélérer les démarches pour obtenir justice. Au printemps 2013, le Bureau de l'ombudsman de la défense nationale a reçu des dizaines de plaintes au sujet des événements.

Dans une déclaration, le ministre de la Défense nationale, Jason Kenney, a dit regretter les conséquences des événements pour les victimes et leurs familles.

« L'examen mené par l'ombudsman confirme que l'on aurait pu faire davantage, et j'ai accepté les recommandations de l'ombudsman pour faire en sorte que les victimes reçoivent les soins qu'elles méritent », note le ministre.

Jason Kenney affirme regretter qu'il ait fallu 41 ans pour agir dans ce dossier.

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