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L'ex-juge Jacques Delisle veut retrouver sa liberté, une procédure exceptionnelle

Jacques Delisle revient mardi au palais de justice de Québec pour la première fois depuis qu'il l'a quitté, le 14 juin 2012, pour prendre le chemin du pénitencier. Condamné à la prison à vie pour le meurtre de sa femme, Nicole Rainville, l'homme de 81 ans va tenter de convaincre un juge de le remettre en liberté.

Un texte de Yannick Bergeron

« C'est quelque chose de très rare », convient Me Alain Dumas, qui, en plus de 40 ans de pratique, n'a jamais vu une telle requête être débattue.

D'autres criminalistes d'expérience abondent dans le même sens : la procédure est exceptionnelle. Me Dumas est cependant l'un des rares qui acceptent de donner une entrevue sur le sujet.

Plusieurs avocats se disent peu à l'aise de commenter le dossier de l'ex-juge de la Cour d'appel du Québec. « Je pense que la nouvelle preuve qui va être produite au dossier va peser très lourd dans la décision du juge », estime Me Dumas avant d'ajouter qu'il « va falloir qu'elle soit assez solide ».

Les avocats de Jacques Delisle croient détenir cette preuve « solide » avec les nouveaux rapports de trois experts. L'un d'eux, le Dr Michael Shkrum, qui est médecin légiste à London, en Ontario, va témoigner.

Il soutient qu'une microfracture sur le côté droit de la boîte crânienne de la victime démontre que la balle s'est rendue dans cette direction, ce qui vient contredire la preuve présentée par la poursuite lors du procès.

« C'est la défense qui a le fardeau, la défense devra démontrer qu'effectivement les motifs ne sont pas futiles », prévient le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me René Verret.

La poursuite va malgré tout rappeler à la barre le même pathologiste que lors du procès. Le Dr André Bourgault maintient que le projectile est allé se loger directement à l'arrière de la boîte crânienne.

Delisle présent, mais muet

Les autres témoins qui seront entendus seront le fils du juge, Jean Delisle, et un ami de longue date du condamné, l'avocat Pierre Cimon.

Jacques Delisle, qui est amené du pénitencier de La Macaza pour assister à l'audience, ne doit pas témoigner. Le juge à la retraite veut retourner vivre à son condo de Sillery en attendant la conclusion de sa demande de révision judiciaire.

« S'il y a possiblement une erreur judiciaire, le juge aura à apprécier l'ensemble des circonstances. Il pourrait décider qu'il va attendre d'en avoir plus, qu'il va attendre une décision finale du ministre ou encore, qu'étant donné la possibilité d'une erreur judiciaire, ce n'est pas juste de laisser quelqu'un en prison », explique un des avocats de l'ex-juge, Me Jacques Larochelle.

L'audition de la demande de remise en liberté doit durer deux jours. C'est le juge Benoit Moulin, de la Cour supérieure, qui entendra les arguments des deux parties.

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