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L'opéra L'amour de loin de Robert Lepage en quelques questions

L'opéra L'amour de loin mis en scène par Robert Lepage sera la tête d'affiche du Festival d'opéra de Québec qui s'amorce demain. Plus de 150 artistes seront sur scène pour cette grande production.

L'homme de théâtre et metteur en scène Robert Lepage, qui signe sa quatrième mise en scène au Festival d'opéra de Québec, nous donne un aperçu de cette nouvelle production en répondant à nos questions.

Qu'est-ce qui motive votre choix de monter cet opéra de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho?

« J'essaie de ne pas monter des choses que d'autres ont montées mieux que moi! [...] Il y a des œuvres qui sont peut-être moins bien comprises et qui ont besoin d'un metteur en scène qui va aider à faire comprendre ou aider à faire fleurir une oeuvre. C'est pourquoi souvent, je vais accepter de faire des choses qui sont peut-être moins connues, plus difficiles, pour les aider parce que souvent, ce sont des oeuvres qui ont beaucoup à offrir, mais qui sont restées dans l'ombre ou qui sont montées un peu en surface. J'ai souvent l'impression que je peux aider une œuvre à éclore ».

Quelles sont les particularités de cette œuvre?

« C'est une œuvre très importante en ce début de 21e siècle et c'est une oeuvre qui est très contemporaine pas juste par sa facture musicale, mais par son propos. C'est l'histoire d'un troubadour qui tombe amoureux d'une femme qu'il n'a jamais vue, dont les charmes et qualités lui ont été rapportés par un pèlerin et la femme tombe en amour avec l'homme. »

« C'est une espèce d'amour lointain et c'est devenu beaucoup comme ça l'amour dans les temps modernes à l'ère des Facebook et Twitter et des gens qui se font la cour de loin. Même des amours qui ne sont jamais vraiment consommées, c'est de plus en plus fréquent. Les gens sont amoureux tant qu'ils ne se voient pas. C'est une espèce d'image de l'idéal de l'amour. On revient un peu à l'époque de l'amour galant. Alors c'est ça qui m'intéresse, il y a un propos très contemporain quelque part dans cette histoire médiévale. »

Comment décririez-vous la musique de L'amour de loin?

« C'est une musique très sensuelle, sensorielle, qui évoque de grandes émotions, mais elle est quand même nourrie de ballades de ce troubadour, presque de la musique baroque, mais qui est décomposée, ce qui fait qu'on n'est pas complètement perdus dans nos repères musicaux classiques. L'œuvre est quand même très inspirée de ce mélange de sonorités médiévales arabisantes. C'est un peu la rencontre de l'Orient et de l'Occident sur le plan musical. »

Quels moyens utilisez-vous dans la mise en scène pour illustrer la mer très présente et vivante dans cette œuvre?

« Pour ce projet, on a recours à 28 000 petites lumières LED qu'on a programmées individuellement pour créer des effets de miroitement, d'océan, parce que l'eau est très, très présente dans l'œuvre et la musique représente beaucoup ce mouvement aquatique, ce mystère, cette profondeur de la mer. On a réussi à créer un univers de petits pixels pour donner l'espèce d'effet de roulis aux spectateurs. »

La production de L'amour de loin est une autre collaboration avec le Metropolitan Opera de New York?

« On a cette collaboration là très solide avec le MET qui nous donne les moyens et les ressources de présenter des choses qu'on ne pourrait pas se permettre normalement pas juste à Québec, au Canada en général. Mais, ils ont tout avantage de faire ça parce que ce sont de grandes maisons dans lesquelles il n'y a pas d'espace à cause de leur système de répertoire, c'est hyper syndiqué, ce qui fait qu'ils ne peuvent pas expérimenter, changer l'art lyrique, tandis que nous, ils savent qu'on a la liberté de faire ça, les moyens, les ressources et l'expertise. »

En quoi le théâtre Le Diamant sera important pour vos projets futurs?

« C'est l'outil qui nous manque à Québec pour pouvoir pousser notre recherche plus à fond. On a la Caserne pour développer des choses, mais ce n'est pas un théâtre où on peut présenter nos choses. Donc, on ne joue pas beaucoup à Québec. On aimerait vraiment une fixture, être installés à Québec et être une vitrine si on veut pour le savoir-faire la région. »

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