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La bataille électorale s’annonce féroce en Ontario

« Kathleen Wynne, les gens sont tannés. » « Doug Ford, c'est le Donald Trump ontarien. » « Andrea Horwath, c'est une bonne chef, mais pour le mauvais parti. » Les électeurs ontariens ont rarement été aussi hésitants. À 24 heures du début de la campagne, près de la moitié d'entre eux demeurent indécis. Les convaincre sera une tâche ardue.

Un texte de Christian Noël

Sur la rue principale de Port Perry, à une heure de route au nord-ouest de Toronto, on se rend compte rapidement que ce ne sera pas une élection comme les autres. La circonscription vote presque toujours conservateur depuis plus de 70 ans. Mais cette fois-ci, l’indécision est palpable.

« Je ne sais pas trop de quel côté pencher », confie Ruth Reader entre deux emplettes.

Ruth croit qu'elle devra donc consacrer beaucoup de temps à la campagne. « J’imagine que je devrai porter attention jusqu’à la toute fin de la campagne, au lieu de me fermer les yeux et d’éteindre la télévision. »

Fatigués des libéraux

La fatigue envers les libéraux, au pouvoir depuis 15 ans, est omniprésente dans l’esprit des gens pour plusieurs raisons : scandales de dépenses inappropriées, privatisation d’Hydro One, hausse des factures d’électricité. Un libéral a également été reconnu coupable d’avoir effacé des informations possiblement compromettantes des ordinateurs du gouvernement. La confiance envers Kathleen Wynne est à son plus bas.

Pour Suzanne Hutzol, et son mari Larry, ça ne rend pas leur décision plus facile.

La Ford Nation ne fait pas l’unanimité

L’homme d’affaires Martin Dion profite du soleil avec son petit-fils au parc public de Port Perry. Même s’il est loin de Toronto, il se réclame de la Ford Nation, l’armée de partisans fidèles du candidat conservateur, qui s’étend des banlieues torontoises jusque dans les régions rurales et les villes manufacturières en déclin.

« Il est temps que les conservateurs reprennent le pouvoir, pour cesser le gaspillage et mieux gérer les finances publiques », croit Martin Dion. Et Doug Ford, selon lui, est l’homme de la situation. Il salue notamment son intention d’annuler la hausse du salaire minimum à 15 $/heure promise par les libéraux.

Cependant, la Ford Nation ne fait pas l’unanimité, même en terrain conservateur. Doug Ford a remporté de justesse la course à la direction de son parti. Les cicatrices sont encore fraîches. Mais, d’une certaine façon, la guérison s’est amorcée.

Dawn McGuckin, rencontrée dans le parc avec sa petite fille Dawn, illustre bien cet état d'esprit présent chez plusieurs conservateurs. Elle n’aime vraiment pas Doug Ford, qu’elle appelle « le Donald Trump de l’Ontario ». Elle n’aurait jamais voté pour lui il y a quelque mois. Mais maintenant, elle se sent prête à faire « un sacrifice ».

La troisième voie

Tout près de Mme McGuckin, Lynne Kenette n'est pas d'accord avec cette approche binaire de la politique ontarienne. « Il faut briser le principe d’alternance entre conservateur et libéral, dit Lynne. Il reste le troisième parti, le NPD. Ils vont faire du chemin cette année », prédit-elle.

Une bataille générationnelle?

Sur l’heure du lunch, au Club de l'âge d'or de Port Perry, la chorale répète une bonne vieille chanson en vue de son prochain concert, What a difference a day makes, un succès des années 50 de Dinah Washington.

Assis dans la dernière rangée, les ténors Ed Daigle et Irvin Gibson discutent politique entre deux chansons. « Les conservateurs vont probablement gagner notre circonscription, disent-ils, comme c’est presque toujours le cas depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. »

À l'avant-scène, l'alto et la soprano Eleanor Heavrin et Olga Santvoort sont à l'unisson, côté politique. Elles vont voter « bleu », comme d'habitude. Mais leur consoeur Gwenn Yetman émet une note discordante. « J’aimerais voter conservateur, explique-t-elle, mais je ne voudrais pas avoir l’air d’approuver le comportement de Doug Ford. J’ai de la difficulté à lui faire confiance. »

Le piano fait retentir ses accords. C’est le moment de répéter la prochaine chanson. Les yeux des choristes retournent à leur partition. Le dilemme électoral peut attendre encore un peu.

Comme les gens de Port Perry, bon nombre d’électeurs demeurent indécis en ce début de campagne. Selon les récents sondages, près de la moitié des Ontariens n’ont pas encore fait leur choix. Pour l'emporter, d'ici au 7 juin, les chefs devront éviter les fausses notes.

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