Retour

La deuxième vie du cuivre du Manège militaire

Penché sur son banc de travail, Charles-Olivier Roy scrute les détails d'une pièce de monnaie hors du commun dont il a supervisé la création. Il a dans les mains la première pièce régimentaire des Voltigeurs de Québec, coulée à partir du cuivre qui recouvrait jadis le toit du Manège militaire de Québec.

Un reportage de Maxime Corneau

Après l'incendie en 2008, les Voltigeurs de Québec ont récupéré près de 12 000 livres (5443 kilos) de cuivre. Près de 8 ans plus tard, ce cuivre déformé reprend vie sous forme de dollars qui souligneront le travail de soldats méritants. Au total, cinquante pièces numérotées ont été forgées et seront remises une fois par année par le commandant.

Charles-Olivier Roy, l'un des fondateurs des Artisans du Passage à Lévis, se sent privilégié d'avoir été choisi pour créer ces pièces qui perpétueront une tradition.

« Le faire avec la certitude que la pièce numéro cinquante va être remise dans cinquante ans à un Voltigeur qui n'est probablement même pas né, c'est vraiment particulier, on se détache de l'espace-temps d'aujourd'hui », affirme Charles-Olivier Roy.

Pour le créateur, ce n'est pas seulement le symbole militaire qui importe, mais aussi la matière avec laquelle il a travaillé. « À la suite de l'incendie du Manège militaire, dans l'imaginaire populaire le cuivre du toit n'existe plus. [...] C'est un privilège d'avoir accès à une matière qui est chargée d'histoire. »

Le commandant des Voltigeurs, le lieutenant-colonel Jonathan Chouinard, explique pour sa part que la pièce ne récompensera pas des exploits précis, mais plutôt le travail acharné sur une longue période.

« C'est pour récompenser un travail constant tout au long de l'année », lance le commandant Chouinard. Et selon lui, déjà, ses soldats en rêvent. « Tous mes soldats vont se l'arracher. Ils vont chercher à s'en procurer une. »

Le commandant demande toutefois aux futurs récipiendaires de mentionner dans leur testament que la pièce doit revenir au régiment lors de leur décès pour qu'elle soit exposée en permanence.

Long processus

Avant de travailler le cuivre, l'équipe de Charles-Olivier Roy a créé le moule de la pièce. Les Artisans du Passage ont numérisé en 3D quatre Voltigeurs. On y voit la silhouette de trois soldats actuels vêtus d'habits d'époque ainsi que celle du fondateur des Voltigeurs, Charles de Salaberry.

Les artisans ont modélisé sa statue qui trône à l'Assemblée nationale. Les quatre personnages ont ensuite été disposés devant la silhouette du Manège militaire.

Le cuivre a ensuite été fondu, moulé puis laminé. Finalement, une presse a servi à créer les pièces que Charles-Olivier Roy a numérotées à la main.

Sur son bureau, la photo d'un soldat l'assiste lorsqu'il frappe les pièces pour y inscrire les numéros de série. Il s'agit de la photo de Marcel Morin, le frère de sa grand-mère.

L'ancien major des Voltigeurs, aujourd'hui décédé, avait fait la Deuxième Guerre mondiale. Dans la tête de Charles-Olivier, le soldat sur la pièce représente M. Morin. « Pour moi, ce personnage, c'est Marcel », dit-il.

En plus des cinquante pièces régimentaires de format piedfort, donc plus épaisses, 500 pièces plus minces ont été produites.

Le commandant des Voltigeurs souhaite remettre ces pièces plus minces trois à quatre fois par année à des soldats qui se seront illustrés dans le cadre d'une action précise. Une série pour le grand public est aussi en vente dans une boutique en ligne. Les profits sont remis à la Fondation des Voltigeurs. 

Charles-Olivier Roy rêve maintenant que la Monnaie royale décide d'utiliser son modèle pour produire une pièce de monnaie régulière. « Ce serait une belle façon de boucler la boucle si la Monnaie royale embarquait là-dedans. »

Plus d'articles