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La location de logements à des touristes inquiète dans Saint-Jean-Baptiste

Des citoyens du quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec s'inquiètent du phénomène d'hébergement touristique illégal et de l'engouement pour des sites de location comme Airbnb. Selon une compilation réalisée par le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, 83 logements et 34 chambres du quartier seraient offerts à des touristes sur le site.

Le coordonnateur du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, Nicolas Lefebvre-Legault affirme que l'inquiétude grandit quant à l'augmentation du nombre de logements à louer à des touristes et ses conséquences dans le quartier.

« Ça va gruger le parc de logements, c'est ça le problème. C'est quand ça devient un business, quand ça devient une résidence de touristes. Là, c'est un problème », affirme-t-il.

Le nombre de logements locatifs dans le quartier Saint-Jean-Baptiste est passé de 85 % à 70 % en une dizaine d'années. Des propriétaires qui louent leurs logements sur Airbnb opèreraient aussi de façon illégale, sans prélever la taxe d'hébergement, par exemple.

À Montréal, l'arrondissement du Plateau Mont-Royal se tourne vers les tribunaux pour contrer des sites internet comme Airbnb. Si on n'en est pas là dans Saint-Jean-Baptiste, la présence de touristes dans le quartier indispose.

De plus en plus de citoyens exaspérés se plaignent de la présence de touristes. « Oui, il y a des résidents qui se plaignent, les valises avec les roulettes sur les trottoirs et le va-et-vient constant », illustre M. Lefebvre-Legault.

Un propriétaire de logements séduit par Airbnb

Un propriétaire, qui préfère conserver l'anonymat, loue présentement deux studios et un 4 et demi dans le quartier par le biais du site Airbnb. Il affirme qu'il a de la difficulté à louer ses studios situés sur la rue Saint-Jean, même si ceux-ci sont propres et bien entretenus.

Il soutient que le marché des condominiums, qui a explosé, vient empiéter sur le locatif.

Un site comme Airbnb lui procure un revenu supplémentaire. Il donne l'exemple d'un studio qui se louait en moyenne 500 $ par mois, rénové et meublé qu'il avait de la difficulté à louer. « En le mettant sur Airbnb, je le loue et je triple le revenu, ce n'est pas compliqué », affirme-t-il.

Le propriétaire s'assure d'un revenu supplémentaire de 1600 dollars par mois avec un tel studio. « C'est la seule source de revenus qu'on est capable de tirer pour entretenir l'immeuble, parce que les autres, on est obligé de baisser le loyer pour être plus compétitif envers les condominiums. »

Alors que des citoyens craignent que Airbnb exerce une pression à la hausse sur les loyers, ce propriétaire affirme plutôt le contraire. « On est obligé de baisser le loyer parce qu'on n'est pas capable de les louer. Il y a trop de condos et en plus une augmentation de taxes. L'augmentation de taxes a été faramineuse en 2015-2016. »

Une loi suffisante?

La loi 67 adoptée en décembre dernier vise à améliorer l'encadrement de l'hébergement touristique. Cette loi entrera en vigueur en avril et prévoit l'ajout d'inspecteurs.

Les propriétaires auront l'obligation d'avoir une attestation du ministère du Tourisme pour pouvoir louer leur demeure sur Airbnb. Les contrevenants s'exposent à des amendes assez salées pouvant aller de 5000 $ à 50 000 $.

Mais l'adoption de la loi ne règle pas tous les problèmes, selon le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, qui estime qu'il faudrait des mesures plus mordantes.

« Nommer 18 inspecteurs pour surveiller ce phénomène à l'échelle du Québec, c'est trop peu », croit Nicolas Lefebvre-Legault. 

Le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste promet de demeurer vigilant sur la présence de Airbnb dans le quartier. L'organisme souhaite que les gens qui louent plusieurs logements sur le site soient considérés comme des Bed and breakfast au sens de la loi, et soumis aux mêmes règlements de zonage.

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