L'ancien résident de Québec Léon Mugesera, 63 ans, a été condamné à la prison à vie à Kigali, au Rwanda, pour incitation au génocide des Tutsis en 1994. L'universitaire de 63 ans a été condamné pour un discours prononcé en 1992.

À cette époque, le Mouvement républicain national pour le développement et la démocratie était au pouvoir. Mugesera était vice-président de ce parti hutu, mené par Juvénal Habyarimana.

Les magistrats ont entériné la version des faits présentée par Kigali, qui a toujours défendu la thèse selon laquelle ce discours était un des éléments qui avaient amorcé le génocide. Léon Mugesera y avait qualifié les Tutsis de « cafards » et avait encouragé les Hutus à les tuer. Le génocide de 1994 a fait selon l'ONU environ 800 000 morts, essentiellement au sein de la minorité tutsie.

Léon Mugesera vivait depuis 1993 à Québec avec sa femme et ses enfants. Le Rwanda le réclamait depuis 1995. Son expulsion du Canada avait fait l'objet d'une saga judiciaire qui aura duré une quinzaine d'années. Il avait finalement été extradé du Canada vers le Rwanda le 23 janvier 2012. 

Ses proches sous le choc 

L'un des enfants de Léon Mugesera, joint par Radio-Canada, affirme que la famille est consternée de cette condamnation. « La nouvelle nous a surpris, mais on s'y attendait un peu. On l'a transféré de Kigali à une autre prison il y a 2 semaines. La prison dans laquelle on enferme les gens déjà condamnés » explique ce proche qui préfère ne pas être nommé.

Par voie de communiqué, d'autres membres de la famille Mugesera ont dénoncé « l'injustice sans nom dont est victime » un « mari et père » de famille. Ils reprochent aussi au Canada d'avoir livré Léon Mugesera « pieds et poings liés au régime de Kagame », qui le condamne « après un simulacre de procès en flagrant déni de ses droits par des tribunaux de brousse sans foi ni loi », ajoutent-ils.

Me Guy Bertrand a représenté Léon Mugesera pendant 15 ans, durant les procédures au Canada. En entrevue téléphonique, il s'est dit attristé par la nouvelle, surtout pour les proches de l'homme qui résident toujours au Canada. « Je suis en contact avec la famille depuis son départ en 2012, et je sais qu'ils ne pourront jamais revoir leur père, ou Gemma ne pourra jamais revoir son mari. La peur de retourner dans ce pays-là est très grande. »

Me Bertrand croit par ailleurs que Kigali n'a pas respecté ses engagements pris au moment de l'extradition. « On disait au gouvernement canadien : n'ayez crainte, on va lui donner les mêmes droits qu'il aurait au Canada, c'est-à-dire le droit à une défense pleine et entière [...] et le droit à la présomption d'innocence, explique Guy Bertrand. Ce que je craignais est arrivé. » 

Me Philippe Larochelle a aussi participé à l'équipe de défense canadienne de Léon Mugesera, avant son extradition. Il dénonce l'attitude des autorités canadiennes, qui savaient selon lui que les droits de l'accusé seraient bafoués. « Qu'on puisse malgré tout décider de renvoyer M. Mugesera au Rwanda... Oui, c'est choquant. Oui, comme Canadiens, on devrait d'inquiéter que nos dirigeants soient capables de se fermer les yeux sur des violations de l'homme aussi graves. »

« On m'avait demandé d'aller le représenter là-bas, explique Me Bertrand. La raison pour laquelle je ne suis pas allé, c'est qu'un avocat américain a été arrêté, et il était clair que j'aurais été arrêté parce que j'ai remis en cause le génocide. J'ai remis en cause le président de la République, qui pour moi est responsable du génocide. »

Léon Mugesera a au cours de son procès auRwanda nié toutes les accusations formulées contre lui et argué qu'il vivait déjà au Canada lorsque le génocide a débuté, a immédiatement fait appel de ce verdict.

Au cours de la procédure il a par ailleurs contesté l'authenticité de l'enregistrement du discours présenté par l'accusation, dénonçant des « anomalies ». Son procès s'était ouvert en 2013.

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