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La réalité virtuelle pour traiter la douleur fantôme

Nouvel espoir dans le traitement des douleurs chroniques et des douleurs fantômes : une chercheuse du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale utilise la réalité virtuelle pour intervenir auprès de patients dans le cadre de travaux de recherche. Les résultats sont prometteurs.

Catherine Mercier, qui est également rattachée à l'Université Laval, a développé une technique pour aider les patients aux prises avec des douleurs que les médicaments n'arrivent parfois pas à traiter convenablement, ou encore avec beaucoup d'effets secondaires.

La méthode développée par la chercheuse s'inspire de la technique du miroir, popularisée aux États-Unis et utilisée partout dans le monde pour traiter les douleurs chroniques. Le concept est de donner au cerveau l'impression que tous les membres sont sains, en utilisant la réflexion dans une glace.

Des recherches en imagerie médicale ont permis de comprendre que la douleur fantôme, qui se caractérise par une douleur à un membre qui n'existe plus ou encore qui est paralysé, ne vient pas de l'amputation elle-même, mais plutôt d'une mauvaise réorganisation cérébrale après une amputation.

C'est en se basant sur ces travaux que la chercheuse a choisi d'utiliser la réalité virtuelle pour venir en aide aux personnes aux prises avec ces douleurs. Le principe « est d'utiliser le médium virtuel pour donner au cerveau l'impression que la main fonctionne bien » explique Catherine Mercier.

La réalité virtuelle permet de pousser la technique encore plus loin, en créant un membre complètement contrôlé par ordinateur.

« Je vais utiliser le bras intact pour créer mon image virtuelle du bras atteint dans le miroir, illustre Catherine Mercier. Ainsi, si je fais des mouvements avec mon bras gauche en regardant dans le miroir, je vois l'image et ça créé l'impression que mon droit fait le même mouvement. »

Gérard Gagnon a une paralysie de la main gauche et a développé une douleur fantôme. Pour traiter sa douleur, il utilise une lunette à prisme avec miroir qui donne l'illusion de voir sa main gauche alors qu'il regarde sa main droite toujours fonctionnelle.

« Mon cerveau, après avoir vu ma main gauche une vingtaine de minutes, disait "elle va bien la main" [...] Ça a enlevé complètement la douleur, ça a enlevé la sensation de la main fantôme », explique l'homme. Ces résultats lui ont permis de réduire ses doses d'antidouleurs.

Chez d'autres patients paralysés, la technique peut également augmenter la tolérance au port d'une prothèse.

« Les gens qui ont des douleurs chroniques deviennent parfois très limités dans leurs mouvements et peuvent avoir très peur de bouger, par crainte d'aggraver leur douleur », indique Catherine Mercier.

« La réalité virtuelle nous permet de montrer un mouvement là où la personne n'est pas nécessairement capable de faire un mouvement, ou de montrer un mouvement plus rapide ou plus grand que ce que la personne serait capable de faire réellement. »

Pas question toutefois de remplacer complètement la pharmacologie avec cette technique. Catherine Mercier plaide pour une approche combinée.

Près de 16 % des Québécois souffriraient de douleur chronique, selon des données récentes fournies par le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

La technique de la réalité virtuelle pourrait venir en aide à un grand nombre d'entre eux, y compris ceux qui souffrent de douleurs au dos, qui ne peuvent bénéficier de la technique du miroir traditionnelle.

La chercheuse Catherine Mercier croit que les applications seront de plus en plus nombreuses dans le futur. « Je pense qu'il y a un bon espoir que la réalité virtuelle va vraiment s'implanter dans la clinique, car on voit une progression énorme des technologies. »

D'après le reportage de Nicole Germain

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