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La recette olympique de Saint-Ferréol-les-Neiges

Atteindre le rêve olympique n’est pas à la portée de tous, et chaque athlète qui y parvient fait la fierté de sa ville ou de son village. Imaginez ce que ressentent les habitants de Saint-Ferréol-les-Neiges, qui verront trois de leurs athlètes représenter le Canada aux Jeux de Pyeongchang.

Un texte de Jean-Philippe Martin

Alex Harvey (ski de fond), Anne-Marie Comeau (ski de fond) et Laurence St-Germain (ski alpin) ont tous grandi dans ce même village qui ne compte que 3300 habitants.

Si la ville de Québec voulait égaler le même ratio athlète/population, elle devrait envoyer près de 500 athlètes à elle seule aux Jeux.

Cette réussite prouve que le sport fait partie de l’ADN de Saint-Ferréol-les-Neiges et fait surtout le bonheur de sa mairesse, Parise Cormier.

« Moi, j’ai une très grande fierté quand j’entends ou je lis “Alex Harvey, de Saint-Ferréol-les-Neiges”. Je n’aurai jamais autant de publicité pour une municipalité à si peu de frais. C’est spécial! »

Elle assure qu’il n’y a rien de spécial dans l’eau de la municipalité qui puisse expliquer ce succès.

« Notre eau est très bonne, lance-t-elle à la blague. Je dirais qu’on peut additionner plein de petites choses qui font qu’on vit ce phénomène à Saint-Ferréol-les-Neiges », explique-t-elle plus sérieusement.

Le terrain de jeu idéal

Saint-Ferréol est une municipalité de choix pour les familles passionnées de sports et de grands espaces.

Parise Cormier en sait quelque chose. C’est ce qui l’a motivée à s’y installer il y a 18 ans. « Je fais du ski de fond. Mon garçon fait du ski de fond. L’été, on fait du vélo de montagne, on fait du vélo de route. C’est le terrain de jeu qui nous a attirés ici. »

Dans ce petit village situé à quelque 50 kilomètres de Québec, plusieurs résidents vivent à un jet de pierre du réseau de 150 kilomètres de ski de fond l’hiver et de sentiers de vélo de montagne l’été.

C'est une chance pour les jeunes athlètes qui souhaitent s’entraîner tous les jours d’avoir « un des plus beaux centres de ski de fond dans l’est de l’Amérique du Nord », aux dires de la mairesse de Saint-Ferréol.

« Ce n’est pas pour rien que Cendrine Brown [et l’équipe nationale de ski de fond] viennent ici, que les équipes de compétition du Vermont ou du Massachusetts viennent ici pour faire du ski de fond. »

L’effet Harvey

C’est ce même terrain de jeu qui a attiré l’athlète olympique Pierre Harvey, connu maintenant comme le père d'Alex Harvey.

Le succès que connaît fiston Harvey, aujourd’hui à l’apogée de sa carrière, est devenu une source de motivation pour d’autres jeunes sportifs originaires du même village.

Félix Longpré et Catherine Reed-Métayer, qui participent actuellement au Championnat du monde des moins de 23 ans, font partie de ce groupe de skieurs qui espèrent suivre les traces du grand Alex.

« L’engouement autour d’Alex, c’est un phénomène réel à Saint-Ferréol, mais aussi dans la région de Québec et partout dans le monde », soutient Guy Métayer, le père de Catherine et entraîneur de l’équipe Skibec.

« On est tous des groupies d'Alex Harvey, renchérit Parise Cormier. Il fait une conférence pour les jeunes, il y a autant de parents dans la salle que de jeunes. C’est un modèle, mais c’est plus que ça. »

Dans les gènes

Roxanne Vermette et Félix-Olivier Moreau sont deux autres jeunes espoirs qui marchent dans les pas des nombreux athlètes olympiques qui ont fait et qui font toujours la fierté de leur village.

Roxanne est championne canadienne junior de vélo de montagne et médaillée d’argent des Championnats canadiens juniors de ski de fond.

Félix-Olivier est aussi un skieur et un cycliste de grand talent. À 16 ans, il fait partie des plus beaux espoirs en ski de fond et en vélo sur route au Québec et même au Canada.

Les deux athlètes habitent la même rue dans le village de Saint-Ferréol-les-Neiges, la même aussi que Pierre Harvey et Anne-Marie Comeau.

« Dans notre rue, il y a trois athlètes olympiques », lance tout bonnement Félix-Olivier Moreau. « C’est quand même une rue assez spéciale », ajoute Roxanne Vermette en riant.

La troisième athlète olympique qui habite cette rue, c’est la mère de Félix-Olivier, Marie-Odile Raymond. Elle a participé aux Jeux de Nagano, en 1998, en ski de fond.

Sans compter le père de Roxanne, Bernard Vermette, qui aurait sans doute participé lui aussi aux Jeux olympiques si sa discipline, le vélo de montagne, y avait été présentée au tournant des années 1990.

Des parents qui ont fait du sport, ce n’est pas étranger au succès des familles qui produisent de bons sportifs, estime Guy Métayer.

« Ça fait partie des conditions gagnantes pour amener un athlète à un haut niveau. Quand on parle de s’entraîner quasiment tous les jours, il faut être dans l’environnement pour pouvoir le faire. »

« C’est sûr que c’est vraiment inspirant, raconte Félix-Olivier Moreau. Et on sait qu’on est capables de suivre leur trace parce qu’on a tout ce qu’il nous faut pour atteindre notre objectif. »

Des retombées positives

Ajoutez à cela le programme ski-études de l’école secondaire du Mont-Sainte-Anne, qui existe depuis 25 ans et qui aide les athlètes dans la poursuite de leur rêve olympique, et la recette est fin prête.

« Ces 25 années-là produisent maintenant. On a les résultats aujourd’hui », explique fièrement le directeur du programme, Jules Rancourt, qui a vu grandir Alex Harvey et Anne-Marie Comeau.

À une semaine de l’ouverture des Jeux, la municipalité cherche une bonne façon de souligner la participation de ses athlètes locaux.

« J’ai reçu des courriels de gens de la municipalité qui nous demandent : “Qu’est-ce que vous allez faire? Il faut faire quelque chose pour souligner ça.” On ne sait pas encore ce qu’on va faire, mais on va suivre ça de très près, c'est certain », conclut Parise Cormier.

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