« Je pensais que c'était utile qu'on entende ma voix. » Même si elle est de nature timide, Fatoumata Diallo veut parler, cette fois. Un an après l'attentat qui a fauché son mari à la grande mosquée de Québec, elle a une chose simple mais importante à dire : merci.

Un texte d’Alexandre Duval

« C’est pour tous ces gens-là qui nous ont accompagnés, qui pensaient à nous pendant ces moments difficiles. C’est pour ça que j’ai accepté de parler. Pour qu’ils sachent que tout ce qu’ils ont fait, ça nous a vraiment touchés. »

Fatoumata ne parle pas uniquement de ses amis de la diaspora guinéenne ou encore des fidèles de la grande mosquée. C’est à tous ceux qui ont démontré de l’empathie qu’elle offre ses bons mots.

Bien entendu, le deuil de Fatoumata n’est pas encore terminé. C’est encore le nom de son mari, Ibrahima Barry, qui est inscrit à côté de la sonnette, dans le hall de l’immeuble où elle habite.

Mais sans hésiter, elle affirme qu’elle se porte mieux, qu’elle voit enfin la lumière au bout du tunnel. « Je suis sur la route », illustre-t-elle.

« Un homme bien »

La mère de famille sourit constamment, même lorsqu’on lui pose des questions difficiles. « C’est naturel. Je suis comme ça. » Son sourire ne s’efface qu’une fois au cours de l’entrevue : lorsqu’il est question de l’absence d’Ibrahima.

Plutôt que d’évoquer ce qui lui manque, elle préfère parler des qualités de celui avec qui elle partageait sa vie depuis 2003.

« C’était un homme bien. Il était très persévérant. Il aimait beaucoup son travail […] C’était important pour lui aussi que les enfants étudient et moi aussi. Il tenait à ce qu’on soit bien, qu’on ait de bons diplômes. »

Ibrahima avait 39 ans au moment de sa mort. Arrivé au Québec en 2011, il était informaticien pour Revenu Québec. Avec lui, Fatoumata a eu quatre enfants, aujourd’hui âgés de 3 à 14 ans.

Pas de tabou

Le choc a été difficile à encaisser pour ses deux filles, les aînées. Petit à petit, le temps qui passe les aide à accepter la mort de leur père, selon Fatoumata.

L’autre élément-clé dans la guérison a été le soutien familial. En avril, la mère de Fatoumata et ses deux sœurs, des jumelles âgées de 16 ans, ont quitté la Guinée pour venir lui prêter main-forte à Québec.

Bientôt, sa mère rentrera en Afrique; elle reviendra aider Fatoumata au besoin. Quant aux sœurs de Fatoumata, elles ont entrepris des démarches dans l’espoir de s’installer à Québec.

« Pour l’instant, j’ai envie qu’elles restent avec moi, parce qu’elles sont jeunes, dit Fatoumata. On va s’entraider. J’aimerais qu’elles fassent aussi une formation, pour qu’elles aient plus d’éducation. »

Rester

Pour l’instant, Fatoumata compte rester au foyer. Sa responsabilité est de continuer à accompagner ses enfants, dit-elle. Parmi ses priorités, elle considère aussi l’avenir de ses deux sœurs.

« J’ai envie de m’organiser avec les enfants. Mes sœurs qui sont là [il faut] qu’elles recommencent les études. [Je vais m’assurer] que tout le monde est sur le bon pied avant que moi aussi je sorte pour ne pas qu’on soit déséquilibrés. »

Avec son grand sourire qui la caractérise, elle assumera jusqu’au bout le choix qu’elle a fait de venir vivre à Québec, même si elle y a perdu son mari.

« La fuite ne peut pas régler les choses. C’est en étant responsable devant les difficultés qu’on va y arriver. »

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