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Le combat contre le cancer d'un entraîneur du Rouge et Or

Luc Germain s'est toujours battu pour ses athlètes. Que ce soit comme entraîneur en ski de fond, en vélo de montagne ou au hockey, il a tout donné pour que les autres réussissent. Depuis novembre toutefois, il se bat pour lui-même et n'a qu'un objectif : vaincre le cancer.

Un texte de Jean-Philippe Martin

Luc Germain est entraîneur depuis 38 ans. L’hiver, le ski de fond prend le contrôle de sa vie. « J’ai toujours dit que Luc était marié au sport et que moi, j’étais la maîtresse de Luc », raconte sa conjointe Chantale.

Comme entraîneur de la formation du Rouge et Or depuis 2009, la saison en cours s’annonçait particulièrement prometteuse. Cependant lors d’un camp de sélection dans la Réserve faunique des Laurentides cet automne, l’homme de 57 ans a ressenti des symptômes inquiétants.

« La dernière journée, je n’allais vraiment pas bien. J'avais des maux de tête et des étourdissements. Parmi mes athlètes, j’en ai quelques-uns qui étudient en médecine. Ils m’ont dit d’aller à l'hôpital », se rappelle Luc Germain.

Un examen d’imagerie médicale réalisé à Trois-Rivières, où il habite, révèle cinq masses cancéreuses au cerveau. L’avis des spécialistes est peu encourageant: la maladie est incurable.

« Moi, je suis du genre à me battre, lance-t-il, le regard déterminé. Mais, là, c’est dur de se battre quand on te dit que tu n’as aucune chance et qu'il n’y a rien à faire. C’est décourageant. »

Malgré des traitements en radiothérapie, la maladie progresse. En décembre, le médecin lui a retiré son permis de conduire à la suite de crises d’épilepsie.

« J’ai offert au docteur un poster autographié par Alex Harvey en échange de mon permis de conduire pour utiliser ma voiture, raconte-t-il avec humour. Ça n’a pas fonctionné. J’ai bien essayé de négocier. »

Un oeil sur l'équipe, malgré la maladie

Luc Germain est l’homme-orchestre de l’équipe de ski de fond du Rouge et Or. Il dirige aussi le programme sport-études en ski de fond de l’Académie les Estacades de Trois-Rivières. Se retrouver confiné du jour au lendemain au fauteuil de son salon n'est pas dans sa nature.

« Je ne suis pas à ma place », dit celui qui a l'habitude de se lever aux petites heures du matin pour préparer des skis. Même loin de l’action, Luc Germain garde un oeil sur la préparation de chacun de ses athlètes.

Alexis Turgeon, skieur de troisième année avec le Rouge et Or est parmi ceux qui ont pris les responsabilités du coach sur ses épaules. Son père, Richard, ami de longue de date de Luc, donne aussi un coup de main.

« On savait que pour Luc, l’important c’était que l’équipe continuait de rouler, explique-t-il. On continue de s’entraîner. On lui envoie les résultats et des photos de nos entraînements. Tant qu’on continue à faire nos affaires, il est content. »

Mais remplacer un entraîneur de 38 ans d’expérience qui maîtrise l’art du fartage de ski comme pas un n’est pas une mince tâche.

« Luc peut arriver la journée d’une course et se souvenir qu’un mardi en 1987, la neige était humide comme elle l’est cette journée-là. Alors on va appliquer tel produit sur les skis et ça va être bon. Et c’est pas mal tout le temps bon », explique Alexis Turgeon.

La maladie de leur entraîneur a été un choc pour les athlètes. Tous espèrent que le coach puisse prendre du mieux.

« Il ne faut jamais dire: impossible »

Malgré la maladie, Luc Germain vit pleinement chaque petite victoire que le quotidien lui offre.

« Mercredi, j’ai pris une marche. C’est la première marche que je prenais depuis trois semaines. Ça commence à mieux aller, mais le soir à 20 heures je dois me coucher pour une sieste. Et la sieste s’étire jusqu’au lendemain.

Il s’accroche à l’espoir que son que frère qui travaille dans le domaine hospitalier puisse le mettre en contact avec d’autres spécialistes.

« Ça ne veut pas dire qu’ils vont trouver une solution. Mais, au moins, ils vont chercher une solution. Après, on va voir. »

Luc Germain a accompagné trois athlètes, Guido Visser, Donald Farley et Dasha Gaiazova dans la réalisation de leur rêve olympique. Il sait que les efforts et l’attitude peuvent mener à de grandes choses.

« Dans la vie, on ne sait jamais. Il ne faut jamais dire "impossible." Je me croise les doigts. J’espère seulement qu’on puisse trouver quelque chose….Et aussi que mes athlètes gagnent! ajoute-t-il avec le sourire. »

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