L'expression de gènes régulant d'importantes fonctions corporelles ne s'adapte pas aux modifications de l'horaire du sommeil et des repas, montre une étude québécoise.

Un texte d'Alain Labelle

Les travaux des chercheurs Laura Kervezee, Marc Cuesta, Nicolas Cermakian et Diane B. Boivin de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas (IUSMD) ont permis de constater que, dans la plupart des cas, l’expression des gènes continue d’obéir à une horloge biologique dont les rythmes restent bien ancrés le jour.

« Entre autres, on a découvert que l’expression des gènes liés au système immunitaire et aux processus métaboliques ne s’adapte pas lorsque cet horaire change », affirme la Dre Boivin.

Dans ses travaux, l’équipe montréalaise a simulé des quarts de travail de nuit afin de comprendre ce qu’il advient de l’expression de 20 000 gènes au niveau moléculaire en pareilles conditions.

La médecine savait que l’expression de bon nombre de ces gènes fluctuait sur une période de 24 heures.

Or, les présents travaux montrent à quel point les rythmes biologiques jouent un rôle important dans la régulation de nombreux processus physiologiques et comportementaux.

Après une exposition à un horaire de nuit, les chercheurs ont observé que :

  • environ 25 % des gènes étudiés présentaient une perte de rythme;
  • pas moins de 73 % ne se sont pas adaptés, demeurant alignés sur un horaire de jour;
  • moins de 3 % se sont adaptés, partiellement du moins.

Des problèmes à l’horizon?

Dans l’étude, huit volontaires ont été soumis à un horaire de cinq jours simulant des quarts de travail nocturnes. Les participants étaient placés dans une chambre d’isolement temporel, dépourvue d’indices liés à la lumière ou aux sons pouvant révéler l’heure de la journée.

Ils ne pouvaient pas utiliser leurs téléphones ni leurs ordinateurs.

Le premier jour, les participants se sont couchés à l’heure habituelle. Les quatre jours suivants, des quarts de nuit étaient simulés, c’est-à-dire que les volontaires demeuraient éveillés la nuit et dormaient le jour.

L’équipe a procédé à des prélèvements répétés d’échantillons sanguins sur une période de 24 heures lors du premier et du dernier jour du quart de nuit.

Elle a ainsi mesuré l’expression de plus de 20 000 gènes à l’aide d’une technique qui permet de savoir ceux dont l’expression variait au fil du cycle jour-nuit.

La santé en question

La Dre Boivin et ses collègues s’inquiètent des effets des horaires de nuit sur la santé humaine, et estiment que davantage d’études doivent être effectuées pour bien comprendre les dangers qu’ils représentent.

Ces données ont été recueillies en laboratoire dans des conditions très contrôlées. Les auteurs de ces travaux publiés dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) pensent qu’il faut maintenant étendre cette recherche au contexte réel, en examinant l’expression des gènes auprès de véritables travailleurs de nuit, puisque le degré d’activité physique, l’horaire des repas et les habitudes de sommeil peuvent varier d’un cas à l’autre.

En 2017, une étude réalisée auprès de plus de 1500 hommes du Nord-Est de l'Ontario a établi un lien entre les quarts de travail irréguliers ou tardifs et le gain de poids.

Une autre recherche, dont les résultats ont été publiés en 2016, montre que les travailleurs de nuit sont plus susceptibles d'avoir des défaillances du système immunitaire.

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