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Le débat sur la laïcité aura finalement lieu en mai à la Maison de la littérature

Annulé pour éviter d'attiser les tensions dans la foulée de l'attentat de Québec, le débat sur la laïcité qui devait avoir lieu à la Maison de la littérature, dimanche dernier, se tiendra finalement en mai.

Le directeur de la Maison de la littérature, Bernard Gilbert, dit avoir reçu beaucoup de courriels et de coups de téléphone au ton abrasif depuis l’annulation du débat du 12 février.

La décision avait été prise par égard envers la communauté musulmane, endeuillée après le drame survenu au Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier. Il voulait éviter d’attiser inutilement « des sentiments, peut-être de colère ».

La semaine dernière, M. Gilbert avait laissé entendre que le débat pourrait être reporté à l’automne, mais il s’est finalement ravisé.

« On voulait laisser un peu de temps passer. On ne revient pas sur les motifs qui nous ont motivés à agir […], mais on a convenu qu’octobre, c’était peut-être un peu loin. »

On peut bien vouloir s’exprimer et privilégier la liberté d’expression, mais il y a des contextes qui s’imposent parfois.

Bernard Gilbert, directeur de la Maison de la littérature

« Heureux dénouement », dit Djemila Benhabib

Les trois invités au débat du 12 février, au nombre desquels se trouvaient la conférencière et essayiste Djemila Benhabib, sont tous disponibles en mai. La date exacte reste à préciser, mais déjà, Mme Benhabib se réjouit que l’événement soit remis au calendrier.

« Le débat, il est de toute façon essentiel dans une démocratie […] Je ne m’imagine pas une société où règne le silence », a-t-elle commenté depuis la France, où elle venait justement de terminer une conférence sur la laïcité tenue à Rouen.

La semaine dernière, Mme Benhabib disait comprendre les raisons invoquées pour annuler le débat, mais croyait qu’elles n’étaient pas fondées puisque le débat sur la laïcité avait déjà repris à l’Assemblée nationale.

« Manque de courage »

Depuis, l’ex-commissaire Charles Taylor a tourné le dos à sa recommandation d’interdire le port de signes religieux aux juges, policiers et gardiens de prison.

« M. Taylor a raison lorsqu’il dit qu’il y a des choses qui ont changé au Québec, mais je pense qu’il n’a pas compris ce qui a changé », a dit Mme Benhabib.

Selon elle, les Québécois connaissent aujourd’hui mieux les questions liées à la laïcité qu’au moment des débats sur les accommodements raisonnables. Elle rappelle aussi qu’en plus de l’attentat de Québec, d’autres attaques ont eu lieu depuis, soit devant le parlement d’Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Ça, plus personne n’en parle? C’est derrière nous?

Djemila Benhabib

Mercredi, Philippe Couillard a quant à lui annoncé que son projet de loi 62 sur la neutralité religieuse serait adopté d’ici la fin son mandat, mais n’en fait pas sa priorité. La veille, il avait dit ne pas vouloir faire de « discrimination vestimentaire ».

« Je pense qu’il faut appréhender ces questions-là, qui sont complexes, avec sérieux et compétence et rigueur. Je ne vois pas dans la démarche du gouvernement une lueur de rigueur et de courage par rapport à cette question-là », rétorque Mme Benhabib.

Tout ira bien, croit M. Gilbert

Malgré le caractère sensible des questions liées à la laïcité, M. Gilbert croit que le débat qui aura lieu en mai se fera dans le respect.

« Je n’ai pas d’inquiétudes que nos invités vont être capables de s’exprimer de manière posée et sensée. J’espère que la population sera là pour les écouter aussi. »

« Il y a une certaine virulence dans les commentaires qu’on a reçus, qui est peut-être le propre des médias sociaux et de certains chroniqueurs dans les médias, mais enfin, je ne suis pas du tout inquiet pour la tenue de cette rencontre-là », conclut-il.

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