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Le départ de Robert Dutil ravive la controverse des indemnités de départ

Le député libéral et ex-ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, quitte la vie politique et annonce au passage qu'il remet son allocation de transition à un organisme de soins palliatifs de la région Beauce-Etchemins.

Pour le député libéral de Beauce-Sud, cette décision allait de soi, car l'organisme en question, en voie d'être relocalisé, ne reçoit pas un sou de subvention. « Ça fait que j'ai décidé que je ferais ma part avec les deniers publics », dit le député démissionnaire. 

Son choix de verser son indemnité à la Maison Catherine de Longpré, à Saint-Georges, ramène à l'ordre du jour la controverse entourant l'attribution de ces indemnités.

Plus tôt cette année, les députés libéraux Marguerite Blais et Gilles Ouimet de même que le ministre de l'Éducation Yves Bolduc avaient empoché leur indemnité de départ. Au moment du départ de M. Bolduc, en mars, Philippe Couillard avait plaidé pour l'adoption rapide d'un projet de loi les abolissant.

Mardi, expliquant le geste de Robert Dutil, Philippe Couillard a déclaré : « Oui, c'est de l'argent public, mais il va être consacré à une très bonne chose. Ça aurait beaucoup inquiété les citoyens si l'argent avait été utilisé personnellement par M. Dutil. Or, il l'a très bien dit : pas un sou ne va dans ses poches. »

L'opposition est mécontente

Toutefois, le député péquiste Bernard Drainville ne l'entend pas de cette oreille. « C'est pas à lui [ Robert Dutil ] de décider de ce qu'il va faire avec cet argent-là », critique-t-il, ajoutant que « l'austérité s'applique à tous, sauf aux députés libéraux ».

Ce nouveau chapitre dans la saga controversée des allocations de départ a amené le premier ministre Couillard à réitérer qu'il souhaitait régler la question rapidement : « On va agir, on va déposer un projet de loi qui doit être complet [...] », a réitéré M. Couillard.

Selon la Ligue des contribuables du Québec, l'indemnité de départ du député Dutil s'élève à 149 675 $.

Un départ vers le secteur privé

Robert Dutil a accepté le poste de vice-président sénior au sein de l'entreprise Canam-ponts, une division du Groupe Canam. Il entrera en fonction le 28 septembre prochain.

« Je m'étonne moi-même. J'ai eu l'appel la semaine dernière, le besoin est là, c'était urgent, et j'ai accepté d'aller donner un coup de main », a-t-il précisé dans une entrevue sur les ondes de RDI.

En politique depuis 16 ans, M. Dutil a occupé notamment les fonctions de ministre de la Sécurité publique au sein du gouvernement de Jean Charest en 2010. M. Dutil a également été ministre délégué à la Famille, à la Santé et aux Services sociaux ainsi qu'aux Pêcheries.

Il a représenté la circonscription de Beauce-Sud de 1985 à 1994, puis de 2008 jusqu'à aujourd'hui.

Une vie politique fructueuse

« La vie politique m'a beaucoup apporté. Les citoyens de Beauce-Sud m'ont amené à travailler sur de nombreux dossiers qui m'ont permis de contribuer au développement de ma région. Je suis fier d'avoir été leur représentant », a déclaré Robert Dutil.

Robert Dutil a précisé qu'il était toujours satisfait de son travail de député. « Si je n'avais pas eu cette offre-là, je continuais mon mandat, il y a beaucoup de travail comme député en législation. Il y a beaucoup d'idées que tu peux transmettre, je ne peux pas dire qu'il y avait une insatisfaction de ce côté-là. »

Des élections partielles devraient être déclenchées au cours des six prochains mois afin de trouver un successeur dans la circonscription de Beauce-Sud.

Une suite de départs

Après Marguerite Blais et Gilles Ouimet, Robert Dutil est le troisième député libéral à quitter ses fonctions en quelques semaines seulement. Auparavant, il y avait eu aussi le départ d'Yves Bolduc.

Questionné à savoir si ces désaffections illustraient l'existence d'un malaise au sein de sa formation politique, le premier ministre Couillard a répondu en impromptu de presse que la vie politique était une succession de changements. « Il faut le savoir et s'y attendre », a-t-il philosophé, avant d'ajouter que quatre députés de l'opposition avaient, eux aussi, décidé de tirer leur révérence. « C'est un phénomène qui existe », a-t-il conclu.

Le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Pierre Paradis, s'est dit très attristé du départ de Robert Dutil. M. Paradis n'a pas voulu commenter l'hypothèse que M. Dutil ait pu être déçu de ne pas avoir été nommé au Conseil des ministres. « Je comprends qu'il s'en va relever des défis dans le secteur privé », a-t-il affirmé.

Député, un défi suffisant?

Pour Pierre Paradis, la seule fonction de député offre en elle-même des défis. « J'ai siégé autant au Conseil des ministres que comme député; il y a toujours des défis à relever, votre travail de député n'est jamais complété », a expliqué le ministre de l'Agriculture. 

Même son de cloche du côté de Jean-Marc Fournier, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et leader parlementaire du gouvernement : « Moi je trouve que parlementaire, c'est formidable, j'adore ça et je reste. Et, j'ai été député sans être ministre aussi longtemps que j'ai été ministre ». 

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