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« Le dernier gros irritant » réglé pour les vignerons du Québec

Ce qui était considéré comme un frein important dans le développement de l'industrie vinicole québécoise est chose du passé. Les vignerons pourront dorénavant produire leurs alcools en utilisant jusqu'à 50 % de raisins achetés auprès d'un autre domaine québécois.

Un texte d’Alexandre Duval

« C’est un long combat qui se termine positivement », lance Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du Vignoble de l’Orpailleur, en Estrie.

Depuis plus de 20 ans, il défendait le droit des vignobles artisanaux de se procurer des raisins chez d’autres producteurs afin d’accroître leur production.

Plusieurs le faisaient, mais ils s’exposaient à des sanctions de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). La RACJ soutenait que chaque bouteille devait contenir au moins 50 % de raisins produits directement chez le vigneron.

Les vignerons, eux, voulaient être libres d’acheter les raisins de leur choix, quitte à produire un vin rouge entièrement à partir de fruits cultivés chez leur voisin.

Le gouvernement du Québec leur a récemment donné raison grâce à un projet de règlement publié à la Gazette officielle.

D’après M. de Coussergues, les vignerons québécois rivalisent enfin à armes égales avec les autres vignerons canadiens et à l’étranger.

« Cette modification vise à donner une plus grande marge de manœuvre aux vignerons artisanaux, cela tout en préservant à la fois le caractère 100 % québécois, mais également artisanal de leurs produits », explique pour sa part Audrey Cloutier, l’attachée du ministre des Finances.

Produire plus de bouteilles

M. de Coussergues soutient que l’accès au raisin était devenu un réel problème pour la croissance des vignobles québécois.

« Ce n’est pas vrai que c’est le climat aujourd’hui qui nous freine. Ce n’est pas vrai que c’est le manque de savoir-faire […] C’est la matière première qui nous manquait! », avance-t-il.

À son avis, plusieurs agriculteurs québécois veulent faire pousser du raisin pour diversifier leurs sources de revenus, mais ils ne souhaitent pas le transformer en vin.

Maintenant que le flou est sur le point d’être dissipé dans la loi, M. de Coussergues est convaincu que la quantité de raisins produite au Québec explosera. Conséquemment, la quantité de vin du terroir disponible sur le marché augmentera aussi.

« Ça ne se fera pas du jour au lendemain, précise-t-il. Planter de la vigne, c’est trois, quatre ou cinq ans, selon les variétés. »

Compenser les aléas de la météo

Pour les vignerons, la possibilité d’acheter du raisin est aussi parfois une question de survie. Après avoir connu deux récoltes catastrophiques dues au gel, en 2014 et 2015, la copropriétaire du Domaine Bergeville le sait mieux que quiconque.

« Comme ça faisait deux ans qu’on n’avait presque pas de production, c’était soit de fermer le vignoble […] ou alors se tourner vers l’option d’acheter du raisin d’un autre vignoble », explique Ève Rainville.

C’est la deuxième option qui a été choisie, non sans peine. Le vignoble situé à Hatley a dû renoncer temporairement à son statut biologique puisque le raisin acheté n’était pas certifié.

Mme Rainville avait de quoi se consoler : même si deux de ses vins étaient produits principalement avec des raisins achetés d’un autre producteur québécois, la survie de son domaine était assurée.

C’était sans savoir que la RACJ allait éventuellement lui envoyer un avis de non-conformité en 2017. « On était prêt à se battre », dit-elle, car l’interprétation de la RACJ « n’a aucun sens pour la pérennité de l’industrie. »

Gruger des parts de marché

Désormais, les vignerons québécois ont tous les outils pour prospérer, croit M. de Coussergues, notamment grâce à leurs points de vente diversifiés : au domaine, dans les restaurants, à la SAQ et dans les épiceries.

Avec la possibilité d’acheter du raisin, il espère que la part de marché des vins du terroir passera d’environ 1 %, au Québec, à 4 ou 5 % d’ici 15 ans. Il cite en exemple la Colombie-Britannique.

« C’est impressionnant la part de marché qu’ils prennent sur les vins étrangers. C’est de la richesse locale, c’est de l’emploi local, c’est du développement local, c’est de l’agrotourisme, c’est de la restauration. Bref, c’est tout ce qui tourne autour de la viticulture. »

Un autre développement important devrait survenir dans les prochaines semaines. Si tout se passe comme prévu, les vins du Québec auront leur indication géographique protégée (IGP) à temps pour la récolte 2018.

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