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Le dernier voyage de l’Accalmie et de son capitaine

Les vestiges de la goélette l'Accalmie ont disparu de la rive du fleuve à Baie-Saint-Paul où elle était échouée depuis des années. Peut-on parler d'un signe du destin? Les restes du navire ont été emportés au large le jour même des funérailles de son ancien capitaine, Éloi Perron, décédé à 95 ans.

Un texte de Maxime Corneau

« À toutes les fois que mon père allait à Baie-Saint-Paul, il allait voir le M.P. Émilie. Pour lui, ce n’était pas l’Accalmie », explique d’emblée Michel Perron lorsqu’on lui parle du bateau construit par son père décédé le 15 février dernier.

En 1956, Éloi Perron avait lancé la construction du M.P. Émilie à L’Isle-aux-Coudres en compagnie de plusieurs ouvriers et du charpentier Paul Mailloux. L'aventure avait duré près de deux ans. Éloi Perron a ensuite vogué en tant que capitaine du navire pendant plus de 15 ans.

Le M.P. Émilie a été vendu à plusieurs reprises et a été renommé l’Accalmie par un nouveau propriétaire. Le navire s'est échoué à Baie-Saint-Paul pour le plaisir des touristes qui en ont fait la vedette de leurs photographies.

En 2015, un incendie criminel a presque détruit la goélette, mais ses vestiges occupaient jusqu’à tout récemment la plage.

Un départ surprise

Pendant la fin de semaine des funérailles de son père, de nombreux voisins et amis ont appelé Michel Perron pour lui parler de l’étrange coïncidence de voir les vestiges du bateau quitter Baie-Saint-Paul en même temps que son paternel.

« Pour moi, il est parti avec son bateau », suggère M. Perron, sans vouloir plonger dans des réflexions mystiques. « La vie, monsieur, il y a des moments que l’on ne comprend pas. Et on n’essaie pas de comprendre non plus. Et ça, c’en est un pas mal bon », dit-il ému.

Le doute est semé dans l’esprit de Michel Perron par la présence d'une faible marée le jour de la disparition des restes de la goélette, insuffisante selon lui pour l’emporter. « Ça me dépasse! La marée était de 16 pieds 4 pouces, ça ne marche pas! »

« Des bâtisseurs »

Le capitaine à la retraite Benoît Lavoie a bien connu Éloi Perron et l’époque des goélettes. Il a navigué à bord de ce type de navire de 1952 jusqu’au déclin de cette industrie, à la fin des années 70.

« On l’appelait Corbeau! Ils avaient tous des surnoms à L’Isle-aux-Coudres. Le Capitaile Éloi, c’était Corbeau », se souvient-il.

M. Lavoie rappelle qu’environ 400 goélettes de bois ont sillonné le fleuve Saint-Laurent et le Saguenay pendant près de 30 ans. « C’étaient les camions de l’époque, dit-il. Quand ils ont bâti les barrages, ce sont les goélettes qui ont transporté le ciment. »

Pour le capitaine Lavoie, nul doute que les constructeurs de goélette comme Éloi Perron ont marqué profondément l’histoire du Québec, et principalement le développement de ses territoires isolés.

« Ces messieurs-là, c’étaient des bâtisseurs. S’ils n’avaient pas construit ces goélettes-là, le monde aurait vécu comment sur la côte? »

Selon les échos entendus de la part de marins, Michel Perron raconte les restes du M.P. Émilie dérivaient sur le fleuve jusqu’à tout récemment, transportés par un amas de glace. Il croit que la température clémente des prochains jours devrait les faire disparaître à tout jamais.

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