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Le DPCP accusé d’entretenir les préjugés sur les femmes

Le refus du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) d'octroyer un poste à une avocate en raison de sa grossesse contribue à reproduire des stéréotypes à l'endroit des femmes, déplore l'avocate Louise Langevin, professeure titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval.

Un texte de Louis Gagné

« Ça veut dire que le comité de sélection a un certain problème avec l’état de la candidate, qui est enceinte », explique Me Langevin.

« Donc, il reproduit les stéréotypes et les préjugés à l'égard des femmes sur le marché du travail, voulant qu’elles soient moins disponibles que les hommes et pas loyales à l'employeur parce qu'elles s'occupent davantage de leur enfant. »

Dans une décision rendue le 15 juin, la Commission de la fonction publique conclut que le DPCP a écarté la candidature d’une de ses procureures parce que cette dernière était enceinte.

Des questions et des commentaires prononcés sur la grossesse de l’employée avant et pendant son entretien d’embauche, notamment, font dire à la Commission que la décision de rejeter la candidature de Me Karine Frenette « est entachée de discrimination fondée sur la grossesse ».

« Décourageant et choquant »

Selon Louise Langevin, cette discrimination est d’autant plus grave qu’elle a été commise par des avocats travaillant pour le gouvernement.

« C’est le gouvernement qui adopte les lois et qui doit les faire respecter, mais à l'intérieur du gouvernement, il y a des avocats qui se permettent d'ignorer les droits fondamentaux des fonctionnaires, de leurs travailleurs », dénonce la professeure titulaire.

Encore du travail à faire

L’Association des procureurs aux poursuites criminelles et pénales, qui a représenté Karine Frenette dans son combat pour obtenir réparation, abonde dans le même sens que Louise Langevin.

« On ne peut pas comprendre, comme association, qu’une situation comme celle-là se produise au sein même du DPCP. Je pense que ça ne doit pas se produire dans aucune entreprise, mais un organisme comme le DPCP doit être encore plus vigilant de par le mandat qu’il a dans la société », affirme le président de l’Association, Me Guillaume Michaud.

Il ajoute qu’une femme enceinte doit pouvoir aspirer aux mêmes postes qu’une femme qui n’est pas enceinte ou qu’un homme.

« Force est de constater qu’il y a encore du travail à faire pour y arriver », lance Me Michaud.

75 % de femmes

La Commission de la fonction publique a ordonné au DPCP d’octroyer à Me Karine Frenette le poste qu’elle convoitait.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada jeudi, l’organisme dit prendre acte de la décision. Il assure ne se prêter à aucune forme de discrimination à l’endroit de ses travailleurs.

« Depuis sa création, le DPCP est soucieux de respecter le droit à l’égalité prévu aux chartes dans le traitement de ses employés et dans le processus d’embauche », peut-on lire dans le message.

L’institution rappelle que 75 % de ses employés sont des femmes. Par conséquent, les congés de maternité « font partie de sa réalité quotidienne ».

« Le DPCP est d’avis que l'apport de ces femmes est essentiel au rôle de poursuivant public, au développement de l'institution ainsi qu'à l'avancement du système judiciaire. »

Avec la collaboration de Nicolas Vigneault et Yannick Bergeron

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