Alors que l'une des ambitions affichées de la présidence canadienne du G7 est de permettre à un plus grand nombre de femmes de participer et d'exercer un leadership à tous les niveaux de décision, des chercheuses ne veulent pas demeurer en reste. Elles veulent éviter que les recherches soient pensées au masculin.

Un texte de Madeleine Blais-Morin

Parmi les sept dirigeants qui s’assoiront autour de la table du G7, seulement deux seront des femmes : Theresa May, du Royaume-Uni, et Angela Merkel, de l’Allemagne.

L'égalité des sexes dans les positions de leadership n'est pas un thème nouveau. Des avancées sont observées, notamment dans le domaine des sciences, mais encore aujourd'hui, dans le secteur de la recherche, plus on monte dans les échelons, moins il y a de femmes.

La directrice scientifique de l'Institut de la santé des femmes et des hommes aux Instituts de recherche en santé du Canada, Cara Tannenbaum, le constate, statistiques à l'appui. « Chez nous, aux Instituts de recherche en santé du Canada, à peu près 70 % des scientifiques qui font des demandes de subvention pour faire de la recherche sont des hommes », indique-t-elle.

Mme Tannenbaum croit que cette réalité risque de biaiser la façon de mener les recherches. Un avis que partage la professeure titulaire en génie mécanique à l'Université d'Ottawa Catherine Mavriplis. « On a des exemples dans le passé, comme la recherche sur les maladies cardiaques qui a été faite seulement sur des patients qui étaient des hommes. Ça a nui aux femmes, parce que les symptômes de crise cardiaque chez les femmes sont différents », explique-t-elle.

Les exemples n'appartiennent pas uniquement au passé, ajoute-t-elle. Ils se présentent encore aujourd'hui, à l'heure de la recherche en intelligence artificielle, ce qui l'inquiète. « On entre dans un avenir où tout va être contrôlé par des ordinateurs, [par] l'intelligence artificielle. Si on n'a pas des équipes diversifiées, il se peut que la programmation de ces ordinateurs-là soit un peu biaisée », précise Mme Mavriplis.

Le gouvernement Trudeau se montre sensible à la question des femmes en sciences. Son budget de 2017 se voulait celui de l'innovation, celui de 2018, des femmes. Mais Cara Tannenbaum se demande « si on est rendu à vraiment réfléchir à savoir si les données de la science bénéficient autant [aux] hommes [qu'aux] femmes ».

Le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes

Le premier ministre Trudeau a mis sur pied le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes pour la présidence du G7. Sa coprésidente, l'ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon, assure que la présence des femmes en sciences est l'une des questions étudiées, notamment lorsque le rôle du secteur privé entre en jeu. Elle fait valoir que dans le secteur privé, il faut « s'assurer d'avoir la présence des femmes. Pas juste dans des postes de décision, mais aussi dans des secteurs névralgiques, entre autres la science ».

Les innovations technologiques et la science font des pas de géants. Mais les avancées des femmes dans ce domaine sauront-elles se faire au même rythme? Et à quel point cette question occupera-t-elle les dirigeants du G7, alors que l'horaire risque d'être bousculé par l'actualité?

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