Roger Waters a déployé vendredi soir l'époustouflant concert Us + Them pour un premier soir au Centre Vidéotron. Le légendaire bassiste a interprété ses plus grandes chansons de l'âge d'or de son fameux groupe Pink Floyd dans une mise en scène stupéfiante.

Un texte de Jean-Simon Fabien

Les plus grandes chansons de la période 1973-1979, durant laquelle Pink Floyd a fait paraître Dark Side Of the Moon (1973), Wish You Were Here (1975), Animals (1977) et The Wall (1979) étaient au coeur du premier concert en deux soirs donné par Rogers Waters et ses musiciens à Québec.

Un peu plus de cinq ans après avoir conquis les plaines d’Abraham avec le spectacle multimédia The Wall, Roger Waters revient à Québec avec écran géant, projections, et savants éclairages.

Waters est aussi un redoutable homme de scène. Même s’il sait laisser la place à ses musiciens, l'artiste incarne de tout son être ses chansons qu’il joue depuis plus de 40 ans. Ses grimaces lors de One Of These Days, sa voix qui n’a rien perdu de son aplomb sur Time ou son jeu de guitare inspiré sur Welcome To The Machine en sont autant de preuves.

Waters l’insoumis

Connu pour son opposition entêtée à Donald Trump, il fallait également s’attendre à ce que cette soirée ait une dimension politique.

Ce fut particulièrement vrai durant Pigs, chanson que « dédie » en quelque sorte le bassiste au président américain. Roger Waters est certes un artiste intègre et insoumis, mais certaines projections, dont celles de Pigs, sont parfois prêchi-prêcha, parfois vulgaires et même diffamatoires.

Mais malgré quelques écarts, le message de Us + Them est un d’ouverture. Le nom de la tournée, faisant référence à la chanson du même nom tirée de Dark Side Of the Moon, est aussi un clin d’oeil à un discours de Barack Obama dans lequel l’ancien président faisait valoir que la politique américaine en matière d’immigration ne devait pas s’articuler sur une logique du « nous » et du « eux ».

La très belle vidéo de The Last Refugee, évoquant avec grande beauté l’esprit d’émancipation qui a poussé tant de migrants hors de leur pays, dans les dernières années, en est un bel exemple.

La mise en scène de Another Brick In The Wall pt. 2 était également plus efficace et inspirante que les délires anti-Trump de Waters. Lors du solo, douze jeunes danseurs se sont départis de leur tenue de prisonniers avant de se mettre à danser frénétiquement, tout sourire. La force du message de l’emblématique chanson s’en est trouvée décuplé.

Des nouvelles chansons

Roger Waters a intégré au concert quatre chansons de son dernier album Is This The Life We Really Want? paru en juin dernier. Les trois premières sont venues après à la suite de la transcendante interprétation de Welcome to the Machine, ce qui a drastiquement brisé le rythme.

Dès les premiers accords country rock de Déjà Vu, la foule a semblé décrocher, quittant massivement l’enceinte pour rejoindre les toilettes ou les concessions. Il faut dire qu’après une endiablée entrée en matière, les plus récentes compositions du grand bassiste semblaient un brin mièvre.

Smell The Roses, présentée en dernier tiers de concert, s’intégrait toutefois plus harmonieusement au programme.

Un concert d’exception

Après les détours politiques, on se rappelle toutefois que l’on aime Roger Waters pour son incroyable talent de parolier. Il était d’ailleurs impossible vendredi soir de ne pas ressentir quelques frissons lors de Brain Damage, ou quand un prisme de lumières s’est illuminé au-dessus de la scène durant Eclipse.

Us + Them est au final un spectacle audacieux qui ne prend pas son public pour acquis même si celui-ci est encore entiché des succès de Pink Floyd.

Quant à Waters? Il est certes un brin bourru, mais il fallait le voir essuyer ses larmes durant l’ovation debout pour être ému à notre tour de l’intégrité de ce grand artiste.

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