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Le projet de réserve d'archéologie a du plomb dans l'aile

« On n'aura pas les moyens de nos ambitions », se désole Réginald Auger de l'Université Laval. Le professeur titulaire en archéologie et son équipe militent depuis deux ans pour réunir les collections d'artéfacts qui concernent la ville de Québec pour y faire de la recherche. Une importante subvention qui aurait donné vie au projet vient de lui échapper.

Un texte de Louise Boisvert

« Mon ambition était d'en faire un centre de recherche de grande qualité », précise le professeur titulaire encore sous le choc. La décision a été rendue il y a quelques jours par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH), organisme fédéral qui appuie la recherche universitaire au pays.

Les démarches étaient en cours depuis un an pour obtenir le financement. La bourse convoitée représentait 2,5 millions de dollars pour une période de sept ans.

Le centre de recherche, imaginé par le professeur Auger, était la pierre angulaire du projet d'Espace collaboratif en archéologie de Québec dévoilé en campagne électorale par le maire Régis Labeaume.

L'idée, appuyée par la Ville de Québec, était de créer une réserve archéologique et des laboratoires dans les locaux du Petit Séminaire de Québec.

Tous les artéfacts de la région, qu'ils soient la propriété de la Ville de Québec, du ministère de la Culture ou de Parcs Canada, se seraient retrouvés au même endroit et mis à la disposition des chercheurs d'ici.

Les collections auraient occupé trois étages de l'établissement du Vieux-Québec. La Ville de Québec a déjà mis 1,5 million de dollars de côté pour le projet.

Selon le professeur Auger, la seule façon de donner un sens à ces collections, c'est par la recherche.

Actuellement, les artéfacts visés par le projet sont tous entreposés, emballés dans des boîtes de carton et placés sur des étagères. Les collections restent disponibles aux chercheurs, mais peu accessibles.

Le projet d'Espace collaboratif en archéologie vise à régler cette lacune. « Une science qui ne développe pas ses connaissances, c'est une science qui est vouée à l'échec », soutient le chercheur.

Déménagement à Gatineau

Le refus de la bourse n'est pas le seul coup dur à encaisser pour le professeur d'archéologie de l'Université Laval.

Le déménagement imminent des artéfacts de la région appartenant à Parcs Canada dans un entrepôt de Gatineau demeure un irritant majeur. « On est en train d'aliéner toute une partie de la population de son patrimoine », plaide-t-il. La distance entre les collections et les chercheurs ne pourra pas stimuler la recherche.

Réginald Auger n'est pas tendre à l'égard du gouvernement Trudeau qui poursuit, selon lui, le « sale travail du gouvernement conservateur » instigateur de la centralisation des collections à Gatineau.

La récente rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le maire de Québec à ce sujet n'arrange en rien les choses, selon l'expert. Ottawa promet une rotation des collections.

Par courriel, Parcs Canada confirme à Radio-Canada que le dialogue se poursuit entre les parties « notamment, en ce qui a trait à la possibilité d'un important prêt à long terme d'objets liés à la Ville de Québec ».

La proposition ne tient pas la route, selon le professeur qui la qualifie de « bouffonnerie ».

Le patrimoine prisé par les touristes

Le projet d'espace collaboratif en archéologie prévoyait également la création d'un pavillon d'exposition pour que le Petit Séminaire s'inscrive dans le circuit touristique du Vieux-Québec, au même titre que les églises et les musées.

Chaque année, plus de 840 000 visiteurs, un touriste sur cinq, choisissent la Ville de Québec pour son patrimoine. « Le patrimoine est un moteur de l'économie de la Ville de Québec » soutient le professeur Auger citant une étude publiée par la Ville de Québec en 2016.

Ces touristes contribuent à maintenir 5000 emplois, notamment dans la restauration et l'hébergement, et à générer des revenus de 262 millions de dollars.

Mais pour que le patrimoine ait une véritable valeur « il faut les connaissances », répète Réginald Auger. Le professeur n'écarte pas la possibilité de soumettre à nouveau sa candidature pour obtenir une bourse. Il attend d'avoir plus de détails sur le refus de sa proposition avant de prendre une décision.

Entretemps, son projet est mis en veilleuse.

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