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Le taux de diplomation pire que le laisse paraître Québec

Le taux de diplomation au Québec, déjà l'un des plus faibles au pays, serait encore pire que les chiffres couramment véhiculés par le gouvernement. Cette fausse impression résulterait de la méthodologie utilisée pour le calculer.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Loin dans les pages du récent budget 2017-2018, le gouvernement écrit que le taux de réussite scolaire atteignait les 78,8 % en 2014-2015, non loin de l’objectif de 80 % d’ici 2020. Cette cible a été fixée par le ministère de l’Éducation il y a près de 25 ans et, malgré l'augmentation des fonds consacrés à l'éducation dans le récent budget provincial, rien n'y indique que l'objectif sera revu à la hausse.

Le taux de réussite suscite d'ailleurs une certaine controverse, puisqu’il comprend à la fois les taux de diplomation et les taux de qualification.

« L’indicateur de réussite au secondaire est confus présentement parce qu’on inclut une certaine forme de reconnaissance qui ne représente pas des diplômes du secondaire, explique le professeur de l'Université Laval Égide Royer, pour nous prévenir du discours gouvernemental. J’ai l’impression qu’on semble compenser des chiffres qui sont trop faibles. »

« Je n’aime pas qu’on discrimine de la force ou de l’importance, mais je comprends que, pour des fins statistiques, les gens demandent plus de clarté. Peut-être qu’on peut en faire plus », reconnaît le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Le taux de diplomation réel

Dans la réalité, le taux de diplomation au Québec est de 74,7 %. Et quand on se compare à l’Ontario, on ne se console pas. Dans cette province, le taux d’obtention de diplômes secondaires en cinq ans a été supérieur à l’objectif de 85 % en 2015, en hausse de 17 points de pourcentage par rapport à 2004.

Pour Égide Royer, alors que nous évoluons de plus en plus vers une société du savoir, il s’agit d’une illustration évidente que le Québec est sous-scolarisé. « C’est indécent qu’autant de jeunes aient plus de difficultés à réussir que de l’autre côté de la rivière des Outaouais. »

Pour corriger le tir, le ministre Proulx rappelle que son gouvernement injectera 1,8 milliard de dollars d’investissements supplémentaires au cours des cinq prochaines années. Il ouvre également la porte à de nouvelles initiatives au sujet du taux de diplomation lors du dévoilement de sa politique sur la réussite éducative d'ici l'été.

Des certificats controversés

« Diplômes bidon », « médailles en chocolat »... Les certificats de qualification ont déjà reçu leur lot de critiques par le passé. « Avoir un niveau de lecture de sixième année, avoir 18 ans et être considéré comme un diplômé au Québec, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », déplore M. Royer, spécialiste en éducation.

Mais au Centre de formation en entreprises et récupération (CFER) des Navigateurs à Lévis – il y a 24 écoles semblables au Québec –, ces certificats de qualification sont une bouée de sauvetage pour des jeunes en difficultés d’apprentissage qui ne trouveraient pas leur place dans le système d’éducation conventionnel.

Cette formation de 2700 heures sur trois ans offre aux jeunes différentes expériences de travaux manuels et des stages en entreprises. Le problème, c’est qu’elle ne nécessite pas d'examens.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, admet qu’il ne s’agit pas d’un diplôme, mais tient à souligner leur importance : « Grâce à des programmes comme ceux-là, comme m’a déjà dit un enseignant, ça sauve des vies. Ils sont maintenus à l’école et continuent leur apprentissage. […] Je ne dénigre pas ceux qui y sont. Ils ont leur place, leur pertinence. »

« Ce diplôme n’est pas bidon »

Samuel Pellerin, par exemple, a obtenu un stage au Centre des congrès de Lévis. « On monte des salles. […] Je place des pichets d’eau, je place des crayons », explique-t-il.

Son cheminement, Samuel le reconnaît, peut sembler très simpliste a priori, mais il n’en est rien à son avis. Souffrant d’hyperactivité, il était impossible pour lui de faire des études secondaires. Le CFER devenait une solution toute désignée.

À 18 ans, Samuel est sur le point de terminer son certificat de qualification. Ce qu’il considère être un diplôme lui aura, selon lui, beaucoup appris, à commencer par la persévérance.

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