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Légionellose : la demande de recours collectif entendue

Plus de trois ans après la crise de la légionellose à Québec, les victimes et les familles des victimes sont de retour devant le tribunal. Ils demandent à la Cour supérieure la permission d'intenter un recours collectif contre les autorités de la santé publique de la région de la Capitale-Nationale.

La Direction de la Santé publique, mais aussi le ministère de la Santé et la Centrale des syndicats du Québec sont visés par cette requête, qui est entendue mardi et mercredi au palais de justice de Québec.

L'avocat qui représente les victimes, Me Jean-Pierre Ménard, plaide que les autorités ont tardé à intervenir, ce qui a permis à l'éclosion de prendre de l'ampleur. En tout, 181 personnes ont contracté la légionellose et 14 d'entre elles ont perdu la vie, à l'été 2012.

Me Ménard allègue que toute la preuve documentaire, dont le rapport d'analyse réalisé par la Santé publique et le rapport du coroner, confirme sa thèse.

« Tous ces éléments concluent qu'on n'était pas prêt quand l'éclosion est arrivée, même si c'était prévisible. On a perdu à peu près un mois à ne pas savoir quoi faire ou à travailler un peu à l'aveuglette avec la conséquence que cette épidémie a pris des proportions excessives », soutient l'avocat.

Le procureur de la santé publique, Luc de la Sablonnière, soutient plutôt que rien ne démontre que ses clients auraient dû agir autrement. Au contraire, il plaide que les bons gestes ont été posés au bon moment.

S'il est accepté, le recours collectif pourrait atteindre entre 4 et 6 millions de dollars. Les conjoints des victimes pourraient recevoir entre 50 000 $ et 150 000 $, alors que pour leurs enfants, le dédommagement pourrait varier entre 10 000 $ et 40 000 $.

Mais le recours collectif ne vise pas qu'à obtenir un dédommagement financier, souligne Me Ménard. Les victimes veulent aussi savoir ce qui s'est passé et s'assurer qu'une telle éclosion n'arrive plus. « Le quatrième élément, c'est la compensation. C'est l'élément qui vient plus loin dans le dossier, ce n'était pas l'élément premier qui était recherché. »

Des victimes et des familles au tribunal

Plusieurs victimes et leurs proches ont assisté à l'audience mardi, dont la requérante de la demande de recours collectif, Solange Allen, qui a perdu son mari, Claude Desjardins.

« Mon mari était le quatrième qui décédait, puis on n'avait même pas entendu parler de rien avant. Je me poserai toujours la question : si je n'étais pas sortie dans les médias, il y aurait eu encore probablement plus de morts, est-ce que la Santé publique se serait réveillée? », soulève Mme Allen.

Normand Michaud était aussi au palais de justice mardi. L'homme dans la soixantaine a été durement touché par la bactérie alors qu'il combattait déjà une leucémie. « J'ai souffert, je ne pensais jamais passer à travers de ça », relate l'homme qui conserve encore aujourd'hui certaines séquelles de la maladie.

L'épisode a été très difficile aussi pour sa conjointe. « On a été dans l'incertitude, à brailler, à savoir y vas-tu s'en sortir? Il ne s'en sortira pas? Ils doivent dédommager les gens parce que ce n'est pas un cadeau de vivre avec un stress et ne pas savoir où on s'en va avec cette bactérie-là », souligne sa conjointe Marie Michaud.

C'est une tour de refroidissement d'un immeuble de la CSQ dans le quartier Saint-Roch qui était à l'origine de l'épidémie.

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