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Les amendes salées, la clé pour contrer le cellulaire au volant

Québec prend les grands moyens pour amener les usagers du cellulaire au volant à changer leur comportement. Des mesures mises en place samedi qui devraient avoir les résultats escomptés, estime Alain Gelly, ancien policier à la retraite, expert en sécurité routière et autrefois porte-parole des consultations publiques sur la sécurité routière. L'expert a fait part de son analyse vendredi matin à l'émission Première heure.

Question : Outre les amendes salées, suspension de permis et autres mesures draconiennes, en quoi consiste la nouvelle réglementation ?

Réponse : « Ce que ça dit aussi, je fais le lien avec la consultation en sécurité routière qu’on a menée l’an passé. De nombreux citoyens se sont fait entendre. Je me rappelle du témoignage du [neurochirurgien] de Trois-Rivières, le Dr Alain Bilocq. Il a dit : “on doit prendre des mesures coercitives pour faire en sorte qu’on ne perde le moins possible nos jeunes au volant”. Quand vous avez un médecin réputé qui prend le temps de venir témoigner et de présentent cette réalité-là, on se dit que la société doit prendre un virage et je pense qu’on est rendu là pour trouver des moyens coercitifs. »

Question : On a essayé au fil des années d’y aller un peu plus en douceur, mais visiblement ça n’a pas fonctionné. Des gens qui textent avec leur cellulaire au volant. On en voit tous les jours. Donc, qu’est-ce qu’on doit faire avec le cellulaire lorsqu’on se trouve derrière le volant ?

Réponse : « Il doit être placé sur un socle, mais surtout il faut se concentrer à la conduite. Au-delà des règles qui s’appliquent pour les appareils, il faut éviter d’avoir à le manipuler. Déjà que la conduite automobile demande énormément de concentration, il faut se concentrer sur la circulation et sur la conduite, plutôt que de se faire déranger par autre chose que ce qu’il y a sur la route. »

Question : Si on s’assure de ne pas y toucher, est-ce qu’on peut toujours le laisser près de nous. Par exemple sur le siège du passager ?

Réponse : « Si vous pensez ça, vous faites comme l’automobiliste typique qui se cherche des excuses pour rester près de son cellulaire. Plus il est loin, plus c’est sécuritaire. Adoptez donc un comportement responsable. Mon petit-fils est dans son processus d’acquérir son permis de conduire. Ces jeunes-là ont mis en place une façon de se concentrer sans y toucher. C’est ça qu’on répète dans les cours de conduite : “éloignez ça, car le risque et la tentation de l’utiliser sont trop grands”. »

Question : Qu’est-ce qui va changer surtout pour les cyclistes ?

Réponse : « Ils sont aussi touchés par ça. L’augmentation des amendes est marquée. Encore une fois, il faut qu’ils comprennent qu’on ne peut pas utiliser le cellulaire. On voit de nombreux cyclistes, à la vitesse qu’ils roulent, ils sont fragiles et représentent quand même un risque dans la circulation. Donc, concentrez-vous vous aussi, cyclistes, sur la circulation et votre conduite. C’est facile à prouver. Quand les deux mains ne tiennent pas le guidon, c’est qu’il y en a une qui tient le téléphone. »

Question : Est-ce que ces amendes salées vont réellement contribuer à changer les comportements en s’attaquant au portefeuille ?

Réponse : « Moi je pense que oui. Je suis aussi professeur en technique policière et les futurs policiers sur la route doivent être un modèle. Ils deviendront un symbole de la sécurité. Vous savez, j’ai fait maintes et maintes campagnes de prévention, mais malheureusement, c’est quand on sort l’argent de nos poches qu’on comprend et corrige des mauvais comportements que l’on a. Et les gens appuient souvent les policiers dans leur répression. »

Question : Est-ce que l’application des règles par les policiers sera simplifiée, car la liste des choses non permises est assez exhaustive ?

Réponse : « On a simplifié ça quand même. Avant, il fallait avoir [le cellulaire] en main pour être en infraction. Aujourd’hui, c’est la question de qu’est-ce que le policier a observé. L’action imprudente simplifie la vie du policier. Si vous avez baissé la tête pour ramasser votre cellulaire, le policier sera capable de prouver que vous avez fait une action imprudente qui a mis en péril la vie d’autrui. C’est une infraction qui est sérieuse, mais le policier devra être très vigilant pour être en mesure de bien apporter la preuve. »

D’après l’entrevue réalisée par Guillaume Dumas

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