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Les célibataires écartés du programme Accès Famille : un choix contesté

L'élargissement du programme Accès Famille, annoncé cette semaine par la Ville de Québec, donnera un coup de pouce financier aux couples sans enfants et aux familles monoparentales qui désirent s'acheter une propriété. Mais maintenant que le fait d'avoir des enfants n'est plus un critère, des voix s'interrogent : pourquoi ne pas offrir la même chance aux célibataires?

« Pourquoi ne pas avoir inclus, un coup parti, les personnes qui vivent seules et qui font le choix de vivre seules? », se demande Charles Fleury, professeur adjoint au département de sociologie de l’Université Laval.

M. Fleury rappelle que les célibataires sont les personnes les moins bien outillées, avec les familles monoparentales, pour accéder à la propriété.

« Ça prend généralement deux revenus parce que le prix des propriétés a augmenté. Évidemment, quand on vit seul, on a un seul revenu donc déjà, les ressources financières sont moins élevées et en plus, on ne bénéficie pas de cette aide-là », déplore-t-il.

Les chiffres tirés de la plus récente Enquête nationale auprès des ménages (2011) sont sans équivoque.

Dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Québec, 88 % des 25-39 ans qui vivent seul ont un revenu total après impôt de moins de 50 000 $. Chez les familles monoparentales, ce pourcentage baisse à 73 %. La différence est encore plus marquée chez les couples sans enfants (30 %) et les couples avec enfants (15 %).

Il n’est donc pas surprenant de constater que le pourcentage de jeunes célibataires qui sont propriétaires dans la RMR de Québec est beaucoup plus faible que chez les personnes en couple.

La personne qui choisit d’être célibataire toute sa vie, c’est comme si elle n’avait pas le droit d’accéder à la propriété.

Charles Fleury, professeur adjoint au département de sociologie de l'Université Laval

Les jeunes personnes vivant seules ou en colocation sont pourtant nombreuses dans la région de Québec: elles représentent 22 % des 25-39 ans. C’est presque autant que les couples sans enfants (23 %), mais moins que les couples avec enfants (44 %).

« Elles ne sont peut-être pas majoritaires, mais c’est une proportion de la population qui est quand même non négligeable et qui est non admissible à cette forme d’aide », dit M. Fleury.

Ce dernier croit que les personnes vivant seules seront de plus en plus nombreuses et affirme que les exclure des programmes qui visent à faciliter l'accès à la propriété est une erreur.

Il faut commencer à penser la famille un peu différemment de cette famille nucléaire de couple avec enfants qui va rester stable toute sa vie.

Charles Fleury, professeur adjoint au département de sociologie de l'Université Laval

Toute la société y gagnerait, dit l'APCHQ

L'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) se réjouit de voir que le programme Accès Famille a été élargi aux familles monoparentales et aux couples sans enfants.

Dans un monde idéal, cependant, les célibataires devraient eux aussi bénéficier de la même aide financière selon François-William Simard, vice-président développement stratégique et communication à l'APCHQ.

« À la base, il y a un besoin pour tous les jeunes, qu’ils soient célibataires ou qu’ils soient en couples », dit-il.

La société en général va gagner s’il y a plus de ménages qui sont propriétaires parce que quand les gens arrivent à la retraite et qu’ils sont propriétaires, ils ont beaucoup plus de richesse qui est accumulée qu’un ménage qui est encore locataire.

François-William Simard, vice-président développement stratégique et communication à l'APCHQ

La possibilité d'avoir des enfants prime, rétorque la ville

À la Ville de Québec, on justifie la décision d'écarter les célibataires par le fait que contrairement aux couples sans enfants, ils ne sont pas considérés comme une famille.

« Un couple, c'est déjà une famille et ils ont plus de chances d'avoir un enfant éventuellement qu'une personne seule », explique Mireille Plamondon, porte-parole de la Ville.

Mme Plamondon ne veut toutefois pas présumer de l'avenir du programme et ne s'avance donc pas à dire si les célibataires pourraient un jour y avoir accès.

Le programme Accès Famille, créé en 2015, offre des prêts sans intérêt aux jeunes familles désireuses de s'acheter une propriété neuve sur le territoire de Québec. La somme prêtée équivaut à la mise de fonds minimale nécessaire (5 %) pour obtenir un prêt hypothécaire.

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