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Les demandes des pompiers jugées exagérées par des propriétaires de Lévis

Les nouvelles normes en matière de prévention des incendies à Lévis sont trop sévères et appliquées avec trop de zèle, estiment des propriétaires d'édifices commerciaux. Certains songent même à se départir de leurs propriétés.

Un texte de Jean-François Nadeau

Yvon Bédard possède plusieurs immeubles commerciaux à Lévis. Il affirme que pour un seul de ses immeubles, sur la route Lagueux, le Service des incendies de la ville de Lévis lui impose des modifications pour plus de 50 000 dollars.

Plusieurs portes doivent être remplacées par des portes-coupe-feu, qui se referment automatiquement. Les poignées rondes et les loquets doivent être enlevés, tout comme un espace de rangement aménagé sous un escalier.

« Ils me demandent aussi de construire une deuxième sortie au sous-sol, raconte Yvon Bédard. Ma bâtisse a 35 ans. Même sur les plans originaux, on n'a jamais vu de sortie au sous-sol. Je vais être obligé d'engager un architecte pour voir où je peux faire percer le solage. »

Le propriétaire juge ces nouvelles mesures exagérées. Il n'est pas le seul.

Au garage Point S de St-Nicolas, le co-propriétaire, Steve Whittington, fait un constat similaire.

Le Service des incendies lui demande de changer les poignées de portes, d'enlever les loquets et les gonds de porte, ainsi que des tablettes aménagées en haut d'une cage d'escalier.

On lui suggère également de cadenasser les conteneurs à déchets et d'aménager une sortie au bout de la mezzanine qui se trouve dans son garage.

« Ils étaient censés respecter le Code du bâtiment de l'année de la bâtisse, dit-il. Je ne crois pas que ça a été fait. Il y avait des choses un peu absurdes. »

Plusieurs autres propriétaires, qui ne souhaitent pas accorder d'entrevue, trouvent également exagérées les modification exigées.

Clément Paquet, par exemple, possède 14 immeubles commerciaux. Il dit avoir déboursé plus de 100 000 dollars jusqu'à maintenant pour répondre aux demandes des inspecteurs de la Ville de Lévis.

Le directeur du Service des incendies répond

« Notre objectif, c'est uniquement de sauver des vies, rappelle le directeur du Service des incendies, Gaétan Drouin. On ne veut pas de décès reliés à l'incendie. On ne veut pas de blessés graves. On veut éviter les pertes matérielles et aussi les pertes d'emplois. »

Les nouvelles mesures en matière de prévention des incendies ont été adoptées en 2014 à Lévis. D'ici 2024, les inspecteurs auront visité tous les immeubles commerciaux de la ville. Ils en ont inspecté plus de 1000 jusqu'à maintenant.

Gaétan Drouin assure que les modifications demandées sont nécessaires et raisonnables. Selon lui, les normes à Lévis sont comparables à celles des autres municipalités du Québec.

« On demande aux propriétaires d'être conformes au Code du bâtiment qui avait lieu lors de la construction du bâtiment, souligne Gaétan Drouin. Si un bâtiment a été construit en 1983, c'était le code du bâtiment de 1980 qui prévalait à ce moment-là. C'est sur celui-là que notre inspecteur se base. »

« Ce que je trouve curieux, rétorque Yvon Bédard, c'est qu'il y a deux ans, j'ai changé de compagnie d'assurance. L'assureur a fait inspecter toutes mes bâtisses point de vue incendie, point de vue accident. Tout était correct. La compagnie m'a accepté. »

Cas exceptionnels

Le Service des incendies assure que les cas litigieux sont exceptionnels. Yvon Bédard, lui, songe à se départir de certains immeubles.

Selon les pompiers de Lévis, le nombre d'incendies est passé de 95 à 70 par année depuis l'adoption du nouveau schéma de couverture de risque. Il n'y a pas eu de perte de vie.

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