BILLET - J'avais envie de vous parler d'une difficulté vécue par les patineurs de vitesse longue piste québécois.

Un texte de Laurent Dubreuil

C'est un thème récurrent de toutes mes dernières saisons. Ça fait cinq ans que je participe à des Coupes du monde, mais ça fait quatre ans de suite que je me classe à l'automne.

Chaque fois, entre les sélections qui ont lieu à Calgary et les Coupes du monde, je retourne chez moi. À ce moment de l'année, nous sommes à l'étape de peaufiner les derniers détails avant les Coupes du monde, et là, j'arrive au Québec et nous n'avons pas de glace parce qu'il fait trop chaud pour faire fonctionner l'anneau extérieur.

Cette année, j'étais blessé à l'aine, donc ça n'a rien changé pour moi. Par contre, mes coéquipiers Alex St-Jean et Alex Boisvert-Lacroix l'ont vécu. Ils sont revenus à la maison et n'ont pas eu la chance de patiner.

L'an dernier, je suis revenu 10 jours entre les sélections et mon départ pour la première Coupe du monde de la saison. Je n'ai pas pu patiner durant mon séjour, parce que nous avons eu accès à la glace seulement le jour de mon départ. Je ne pense pas que c'était une surprise ni une coïncidence que sur, le plan des résultats, ma première Coupe du monde a été la pire!

C'est difficile de se préparer à faire une compétition internationale de longue piste quand on ne peut pas faire de longue piste à l'entraînement.

Faire du courte piste et du vélo, c'est bon l'été pour se former une base. Mais lorsque vient la préparation de dernière minute pour des courses, ça a ses limites. Et c'est ce à quoi on doit faire face toute l'année.

On peut patiner l'été, mais seulement parce qu'on va à Calgary durant un mois et demi. C'est donc difficile d'aller à l'école, ça coûte cher et on s'ennuie de nos proches. C'est sûr que ce ne sont pas des conditions gagnantes. Si on avait un anneau intérieur à Québec, on resterait chez nous et on s'entraînerait chez nous.

Le milieu du patinage de vitesse longue piste a beaucoup évolué depuis les années 1980, quand mes parents (Ariane Loignon et Robert Dubreuil) faisaient partie de l'équipe. À cette époque, personne ne se plaignait des installations, parce qu'il n'y avait pas d'anneau couvert ailleurs dans le monde. Depuis qu'ils existent et que la majorité des pays spécialistes du longue piste en comptent plusieurs, notre anneau extérieur n'est simplement pas suffisant pour un athlète de haut niveau, ni pour le développement des jeunes.

Cette année, j'ai déjà pris part à sept courses, et si je ne m'étais pas blessé, j'en aurais neuf à mon actif. On parle donc d'une dizaine de courses avant que l'anneau ouvre à Québec. Les patineurs de Calgary qui s'entraînent pour les Championnats du monde juniors et pour leur développement patinent déjà depuis environ deux mois, alors qu'au Québec, les jeunes qui pratiquent le longue piste n'ont pas encore été sur la glace. C'est une lacune quand on réalise que la première compétition provinciale aura lieu après la première épreuve de Coupe du monde de la saison. C'est difficile d'entraîner des athlètes de façon optimale avec les moyens qui nous sont offerts.

Aux Jeux olympiques de Calgary, en 1988, la majorité de l'équipe nationale de longue piste était québécoise. La révolution a commencé avec l'arrivée de l'anneau couvert. Quatre ans plus tard, il n'y avait plus que deux Québécois en piste, mon père et Guy Thibault. En un cycle olympique, la situation a changé complètement, parce que l'Ouest a eu des installations de qualité, pendant qu'ici au Québec, aucune amélioration n'a été apportée à ce chapitre. Pourtant, il y a du talent au Québec et il serait opportun de permettre à nos jeunes de s'entraîner avec du matériel adéquat et compétitif.

Malgré tout, on essaie de trouver des avantages. J'imagine que les conditions nous rendent plus forts mentalement. Nous nous habituons à patiner dans des conditions exécrables, donc quand la météo n'est pas idéale en compétition, nous sommes prêts. Il faut faire avec!

Je pense que si on avait un anneau couvert à Québec, la province doublerait, même triplerait son nombre de représentants dans l'équipe nationale d'ici quelques cycles olympiques. Entre-temps, il ne faut toutefois pas se décourager.

L'an passé, j'ai gagné cinq médailles en Coupe du monde et j'ai patiné dehors aussi. Je ne veux pas trouver d'excuses, loin de là! C'est juste qu'il n'y avait pas eu de médailles en Coupe du monde pour un Québécois depuis 1998, et je pense que si on avait eu un anneau couvert, ç'aurait probablement été différent.

À bientôt!

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