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Les femmes pourraient encore gagner moins que les hommes dans 20 ans

Malgré l'important rattrapage effectué au cours des 40 dernières années, les femmes ne gagnent aujourd'hui que 75 % du salaire des hommes, au Québec. Une chercheuse craint toutefois que cet écart persiste, notamment en raison des choix professionnels des jeunes filles.

Un texte d'Alexandre Duval

Ruth Rose a épluché les plus récentes statistiques disponibles au sujet de la place des femmes sur le marché du travail, au Québec. Son rapport, publié par le Comité consultatif Femmes, indique que la bataille pour l'équité salariale n'est pas complétée.

Le taux d'activité des femmes est passé de 46 % à 76 % depuis 1976 et elles sont aujourd'hui majoritaires dans les universités du Québec. Or, la chercheuse note qu'elles continuent à s'orienter vers des professions traditionnellement féminines et souvent moins bien rémunérées.

« Les principales professions des femmes en 2015 sont à peu près les mêmes qu'il y a 15 ans », indique-t-elle.

Dans les 10 programmes les plus fréquentés qui mènent à un diplôme d'études professionnelles (DEP) ou à une attestation de spécialisation professionnelle (ASP), par exemple, les filles représentent 85 % des effectifs en soins infirmiers, 98 % en secrétariat et 82 % en assistance aux personnes dans les établissements de santé.

A contrario, elles ne représentent que 3 % des effectifs dans les programmes de charpenterie-menuiserie et d'électricité. En mécanique automobile, elles ne sont que 7 %. Ces emplois sont pourtant généralement mieux rémunérés.

À l'université, les filles sont majoritaires en médecine, par exemple, mais elles sont encore sous représentées dans de nombreux programmes menant à des professions payantes.

Ruth Rose estime que davantage d'efforts devraient être faits pour intéresser les filles aux professions traditionnellement masculines, mais cela ne réglerait pas tout le problème, selon elle. Son rapport indique qu'à compétences égales, un écart salarial persiste encore aujourd'hui en fonction du sexe.

« Même quand vous regardez les jeunes qui sortent de l'école et qui ont été sur le marché du travail depuis deux ans, donc qui ont le même diplôme et la même expérience que les hommes, il y a un écart de 10 %. »

Les femmes moins scolarisées davantage pénalisées

La chercheuse note que les femmes sans diplôme d'études secondaires sont celles qui sont le plus pénalisées. Leur taux d'activité est de 58 % comparativement à 75 % pour les hommes. Et les emplois qui leur sont traditionnellement destinés sont moins payants, affirme-t-elle.

Les femmes autochtones, immigrantes et avec des limitations fonctionnelles sont également moins actives sur le marché de l'emploi et moins bien payées que leurs semblables de sexe masculin. Les femmes retraitées sont aussi pénalisées, n'ayant que 59 % du revenu disponible des hommes.

Les retraitées pénalisées

Selon Ruth Rose, elles paient aujourd'hui le prix des conditions dans lesquelles elles ont passé leur vie active. « Les femmes qui sont maintenant âgées ont passé beaucoup plus de temps à s'occuper de leurs enfants! », explique-t-elle, ajoutant du même souffle que les femmes constituent la majorité des aidantes naturelles et se retirent donc parfois plus tôt du marché de l'emploi.

« Tout le monde a un peu l'image que les femmes ont fait tellement de progrès que l'égalité est atteinte. C'est vrai que les femmes ont fait beaucoup de progrès dans les dernières décennies, mais il reste encore beaucoup de travail à faire », dit Ruth Rose.

Ses travaux feront l'objet d'une campagne du Comité consultatif Femmes sur les réseaux sociaux au cours des prochaines semaines. Ils seront mis à jour l'an prochain, lors de la publication des données recueillies lors du recensement 2016.

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