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Les grutiers du Québec devront rentrer travailler

Le Tribunal administratif du travail (TAT) ordonne aux quelque 1300 grutiers en grève au Québec de retourner sur les chantiers. Après la FTQ-Construction, le Conseil provincial (International) annonce qu'il va se conformer à ce jugement et qu'il invite ses grutiers à « cesser immédiatement toute grève » afin d'« offrir immédiatement leur prestation normale et habituelle de travail ».

Le TAT accueille ainsi la demande d'ordonnance provisoire déposée mercredi par la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Le tribunal ordonne aux grutiers de cesser immédiatement toute grève ou ralentissement de travail. Il retourne le dossier au greffe pour que les parties soient convoquées à une audience sur le fond.

Selon la décision rendue jeudi soir, l'urgence d'agir est justifiée, car « il apparaît évident que les chantiers de construction subissent des impacts importants en lien avec cet arrêt de travail ».

Le TAT avait entendu durant la journée les parties intéressées à la demande d'ordonnance provisoire.

Le litige prend sa source dans les changements qui ont été apportés à la formation des grutiers, le 14 mai dernier. Les grutiers, mécontents, allèguent que les changements apportés nuiront à leur propre sécurité et à celle du public.

À l'annonce de la décision, la CCQ a réagi en disant souhaiter « que le mot d’ordre du tribunal soit entendu rapidement et que la grève illégale cesse sans délai afin que les chantiers du Québec puissent retrouver leur niveau d’activité normal ».

La CCQ avertit les grutiers des peines qu'ils pourraient encourir s'ils choisissaient de défier l’ordonnance. « Ces personnes s’exposent à des amendes de 10 000 $, ou 100 000 $ pour une personne morale, et même à une peine d’emprisonnement. »

Par voie de communiqué, l'Association de la construction du Québec (ACQ) s'est réjouie de la décision du TAT. Si les moyens de pression perdurent malgré l'injonction, l'ACQ incite les entrepreneurs à communiquer avec la CCQ ainsi qu'avec les autorités policières afin de dénoncer les préjudices.

« Nous avons toujours indiqué que nous soutenions la fond des revendications des grutiers, mais pas la forme utilisée », ont indiqué Michel Trépanier et Patrick Bérubé, respectivement président et directeur général du Conseil provincial (International) des métiers de la construction.

Quatrième journée

Même si la CCQ avait décrété la grève illégale et demandé une ordonnance pour forcer le retour au travail des grutiers, ces derniers ne se sont pas présentés au travail pour une quatrième journée consécutive, jeudi, malgré l'appel au retour au travail lancé la veille par la FTQ-Construction.

Ils ont manifesté devant les bureaux de la CCQ, à l'intersection du boulevard Crémazie et de la rue Christophe-Colomb, à Montréal.

Ils ont nié que des fiers-à-bras se soient présentés sur les chantiers. « Y a pas eu de fiers-à-bras qui ont vidé les chantiers. Les grutiers ne se sont même pas présentés au travail », a dénoncé Evans Dupuis, directeur du local 791G des grutiers.

Pour les syndiqués et lui, cet arrêt de travail n'était pas illégal.

« Là, tout le monde focusse [sic] sur un arrêt de travail illégal, mais là, ce n’est pas ça qui se passe présentement. Ce qui est en train de se passer, c’est que les gars, on est en train de se faire brimer au point de vue santé-sécurité, pis dans pas grand temps, on va revenir avec des morts. Avant ça, on avait 4,5 morts par année; après la création du DEP [diplôme d'études professionnelles], on a baissé à 1,5 mort par année. Ce qui va se passer, c’est qu’on va remonter à 4 morts », a affirmé Evans Dupuis.

«  La Commission a tous les pouvoirs »

Interpellé jeudi après-midi sur les dernières actions des grutiers, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait déclaré que « la Commission de la construction a tous les mandats et tous les pouvoirs d’agir nécessaires pour mettre fin à cette grève illégale ».

Il a ajouté avoir entièrement confiance en Diane Lemieux, PDG de la CCQ, et a rappelé aux grutiers les sanctions auxquelles ils s'exposent. « Ce n’est pas sans conséquence de poser un geste de débrayage illégal. Ce sont des conséquences importantes, autant pour les individus que pour l’organisation syndicale. Je les enjoins encore une fois à mettre fin à leur conflit de travail et à retourner dans leurs chantiers. »

Le premier ministre ne voyait pas la nécessité d'envisager une loi spéciale « étant donné que la CCQ a tous les pouvoirs pour agir ».

Sur les chantiers

Bien qu'ils soient solidaires de leurs collègues, des travailleurs ont admis qu’ils commençaient à manquer d’ouvrage.

Sur le chantier du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec, à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, jeudi, seuls les travaux de bétonnage, de coffrage et d'excavation étaient toujours en cours.

« C’est eux qui nous donnent de l’ouvrage. On ne transporte plus le "stock" à la force des bras. Si eux ne sont pas là, nous, on ne peut pas avancer », soutenait Jacques Bilodeau, charpentier-menuisier sur le chantier du CHU de Québec, tout de même solidaire de la cause des grutiers.

Même constat sur les chantiers du pont Champlain et du centre-ville de Montréal, où les travaux étaient au ralenti parce que les matériaux n'étaient plus acheminés vers les différents immeubles en construction.

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