L'attaque meurtrière survenue dimanche soir dans une mosquée de Québec a semé effroi et consternation chez les représentants de la communauté musulmane de la capitale.

« On est sous le choc, confie Maged El Makssoud, qui a dit avoir perdu des amis dans l’attentat. J’espère que ce sera un acte très isolé. C’est dommage pour la ville, pour le pays, les citoyens, pas juste pour les musulmans, parce qu’on aime beaucoup notre ville. On partage les mêmes valeurs puis on vit bien ici. »

M. El Makssoud affirme n’avoir jamais été victime d’attaque basée sur sa religion depuis qu’il s’est établi au Québec. Il peine à concevoir que des musulmans aient pu être ciblés par des tueurs sur la base de leur foi.

Je vis ici depuis 12 ans et je n’ai jamais senti rien ou quoi que ce soit. Les gens sont super accueillants, super sympathiques. Donc, on est chez nous puis on sent la même chose.

Maged El Makssoud

Fuir la guerre

Il trouve regrettable qu’une mosquée ait été ciblée par une attaque, d’autant que plusieurs fidèles du Centre culturel islamique de Québec se sont établis ici pour fuir la guerre.

« Je pense que ces gens-là, ils ont choisi ce pays parce qu’ils se trouvent en sécurité. Il y a le respect des droits de l’homme, la démocratie, explique-t-il. Un de mes amis qui est décédé a choisi le pays vraiment parce qu’il aime ça. »

Maged El Makssoud a un autre ami qui a quitté la mosquée quelques minutes seulement avant que des tueurs armés ne fassent irruption et ouvrent le feu sur les fidèles.

« En sortant dans le stationnement, il a entendu des tirs de feu. Il a cru que c’étaient des feux d’artifice. Il n’a jamais cru que ce serait des tirs […] S’il était resté encore deux ou trois minutes de plus, il serait probablement mort lui aussi. »

Salah Benrqiq, bénévole à l'Association mosquée de la capitale, a quant à lui été informé de la tragédie par un témoin qui se trouvait à l'intérieur de la mosquée. Il s'est tout de suite dirigé sur les lieux avec sa voiture, mais n'a pas pu s'y rendre en raison des barrages policiers.

« Hier, il y a quelqu’un qui s’est trouvé malencontreusement dans cette mosquée. D’habitude il fréquente la nôtre. […] Dès que le drame est arrivé, il m’a appelé immédiatement pour me dire de dire aux gens qui fréquentent notre mosquée de quitter les lieux, par mesure de sécurité », a précisé M. Benrqiq.

De son côté, Amine Noui n’arrivait pas à surmonter ses émotions quand nous l’avons rencontré ce matin. Il venait tout juste d’apprendre la mort d'Azzedine Soufiane, propriétaire de l'épicerie Boucherie Assalam, qu’il qualifie de père de toute la communauté musulmane de Québec.

« Je n’ai pas de mots. […] Sérieusement, je ne réalise toujours pas », a laissé sortir péniblement M. Noui.

« Tout le monde le connaît ici. Pour tout le monde qui vient à Québec, c’est une référence. Il nous guide quand on vient. Il y a 10 ans quand je suis venu, c’est la première personne que j’ai contactée et qui m’a montrée où aller, où sortir à Québec », a-t-il dit, visiblement très ébranlé.

« On ne se sent plus en sécurité »

Un autre membre de la communauté musulmane, Mohamed Oudghiri, affirme ne plus se sentir en sécurité à Québec. Il songe à rentrer au Maroc, même s’il est établi dans la région depuis plus de 40 ans.

« Ça fait 42 ans que je vis ici et, malgré ce qui se passe aux États-Unis et ailleurs, on n’a jamais cultivé de la haine pour les autres parce que je me sens Québécois avant tout, dit-il. J’ai quatre enfants, ils sont nés ici, ils se sont mariés ici, ils ont des enfants ici, [mais] je ne risquerai pas ma vie. On ne se sent plus en sécurité. »

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