Une situation qu'on aurait eu peine à imaginer il y a quelques années : des CPE et des garderies en milieu familial peinent maintenant à trouver preneurs pour toutes leurs places. Avec la modulation des tarifs selon les revenus, la concurrence est féroce avec les garderies privées non subventionnées.

Julie Bédard-Rancourt, directrice du CPE Moi et mes amis, a dû faire environ 200 appels et 25 visites à des parents cet été pour combler neuf places. Du jamais vu.

« Avant, les parents nous soudoyaient pour avoir des places, ils auraient signé les contrats avant même de visiter », relate-t-elle.

Mais depuis deux ans, la situation a changé. « Les parents magasinent », affirme Julie Bédard-Rancourt.

« Le gros changement, c'est que les gens qui ont des places en garderie non subventionnée, avec l'augmentation des coûts en CPE selon le revenu des parents, n'ont plus intérêt à venir en CPE si les deux parents ont de bons revenus. On a une clientèle qu'on a perdue », poursuit-elle, soulignant aussi les ratés de la liste d'attente centralisée des services de garde qui ne serait pas à jour.

Le constat est généralisé dans le réseau. « La plupart des CPE nous disent qu'ils vont au bout de leur liste d'attente, puis que même, des fois, il faut qu'ils fassent un peu de recherche parce qu'ils n'arrivent pas à combler les places, ou difficilement », constate Élise Paradis, directrice générale du Regroupement des centres de la petite enfance des régions de Québec et Chaudière-Appalaches.

La situation est encore plus préoccupante en milieu familial, selon elle.

Autrefois premier choix de bien des parents, les CPE doivent maintenant redoubler d'efforts pour vendre leurs service de garde afin de conquérir les parents. « Tout le monde est en mode séduction », affirme Élise Paradis.

Elle déplore une certaine iniquité entre le développement très encadré du réseau des CPE et celui « aléatoire » des garderies non subventionnées, qui peuvent ouvrir « n'importe où, n'importe comment », mais qui sont tout de même indirectement subventionnées à coup de crédit d'impôt.

La situation inquiète plusieurs dirigeants de CPE. « Qu'est-ce qui va se passer en septembre prochain s'il y a encore beaucoup de garderies privées qui ouvrent dans des territoires qui sont déjà bien servis? », s'interroge Mme Paradis.

Selon les données les plus récentes du ministère de la Famille, qui remontent à 2014-2015, le taux d'occupation était de 99,15 % en garderie privée non subventionnée, de 98,04 %  en CPE et de 85,9 % en milieu familial.

 

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