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Manifestante blessée au visage : un policier de Québec comparaîtra en déontologie

Radio-Canada a appris que le Commissaire à la déontologie policière cite l'agent Charles-Scott Simard à comparaître devant le Comité de déontologie. Simard est le policier qui a blessé Naomie Tremblay-Trudeau au visage avec un fusil à irritant chimique lors de la manifestation étudiante du 26 mars 2015 devant l'Assemblée nationale.

Un texte de Cathy Senay

Ce soir-là, le rassemblement étudiant a tourné à l'affrontement avec le Service de police de la Ville de Québec. Naomie Tremblay-Trudeau, une étudiante au Cégep Garneau, a reçu un projectile en plein visage, et a été blessée au menton. La ministre Lise Thériault, responsable de la Sécurité publique à l'époque, s'était d'ailleurs dite ébranlée par les images de la scène.

C'est un citoyen qui a porté plainte au Commissaire à la déontologie policière au lendemain de la manifestation. L'enquête aura duré plus d'un an. En cours de route, l'enquêteur a d'ailleurs demandé un rapport balistique.

Après avoir examiné ce rapport d'enquête, le commissaire a pris la décision, il y a quelques jours, de citer le policier Simard à comparaître. Il lui reproche de ne pas avoir « utilisé une pièce d'équipement avec prudence et discernement (fusil à irritant chimique) à l'endroit » de Naomie Tremblay-Trudeau et des autres manifestants qui se trouvaient sur les lieux.

C'est le Comité qui devra trancher si la conduite de ce policier constitue un manquement au Code de déontologie. Les sanctions pourraient aller du simple avertissement à la destitution. L'audience de l'agent Charles-Scott Simard n'est toujours pas au calendrier.

Victime de cyberintimidation

La cégépienne Naomie Tremblay-Trudeau affirme que cet incident a eu des conséquences graves pour elle. Elle a été victime de railleries et d'intimidation dans les réseaux sociaux. Une page Facebook la mettant en scène et comptant 4000 abonnés avait été créée, puis retirée, dans les jours qui ont suivi la manifestation.

C'est devant cette situation qu'un étudiant de l'Université Laval a choisi de porter plainte à la Sûreté du Québec. Naomie Tremblay-Trudeau a depuis fait une pause dans ses études. Elle et son avocat, Marc Lemaire, ont envoyé une mise en demeure à la Ville de Québec en avril 2015.

Ils attendent les résultats de l'enquête et la décision du Comité de déontologie policière avant de poser d'autres actions dans leur poursuite. Me Lemaire avance que la comparution du policier en déontologie est une étape importante dans ce processus. Il refuse toutefois de crier victoire à ce moment-ci. « La vraie victoire aurait été que ça n'arrive jamais », plaide-t-il.

L'avocat de Naomie Tremblay-Trudeau affirme que si l'évènement en lui-même a été « dramatique », les suites ont été catastrophiques pour la jeune femme. « C'est très traumatisant de voir ce qui lui est arrivé après, explique Marc Lemaire. Je trouve la réaction populaire a été un autre évènement dramatique. »

Étudiants solidaires

L'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) se dit satisfaite de cette nouvelle étape, bien que l'organisation militante affirme ne pas retenir son souffle sur le débouché de telles procédures, et réclame une fois de plus une commission d'enquête publique indépendante sur la brutalité policière.

La porte-parole de l'association, Rosalie Rose affirme que les policiers continuent d'utiliser une force excessive lors de manifestations, et cite en exemple un rassemblement survenu mercredi à Montréal à la suite duquel quatre individus ont été arrêtés. « Tirer au visage avec une arme chimique, ça ne se fait pas. Ce n'est pas quelque chose d'acceptable. Ça nous empêche vraiment le droit de manifester [sic] », plaide-t-elle.

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