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Marche des femmes : « Ne gardez plus rien en dedans. Parlez! »

À 68 ans, Denise Savard se libère petit à petit d'un vieux secret qui lui a empoisonné la vie pendant tant d'années. Dimanche matin, elle marchait aux côtés d'une centaine de femmes dans les rues de Limoilou et elle avait un message à lancer à toutes celles qui ont subi de la violence sexuelle : « Parlez! ».

Mme Savard n’est pas une personnalité publique. Elle n’était pas non plus une porte-parole pour cette marche qui avait lieu quelques jours après la Journée internationale des femmes.

Or, elle sait que d’autres femmes se reconnaîtront dans son histoire. Après avoir vécu une agression sexuelle alors qu’elle était enfant, elle est en train de se libérer de ses démons.

Le parcours d'une combattante

Tout a commencé il y a quelques années. « Il y a quelque chose qui était caché en moi depuis l'âge de 12 ans et ç'a sorti tout d'un coup », relate-t-elle. La femme n’avait jamais associé sa peine et sa douleur à l’agression sexuelle qu’elle avait subie.

Mme Savard a pris son courage à deux mains. Elle est allée chercher de l’aide au Centre femmes d’aujourd’hui, à Québec. Elle a pu s'y livrer sans pudeur, être écoutée sans jugement et profiter de l’écriture pour exprimer ses sentiments, raconte-t-elle.

Dénoncer pour libérer les femmes

Mme Savard dit qu’elle est soutenue par son mari dans tout ce processus et qu'elle se sent mieux dans sa peau. « Pour aimer quelqu'un, il faut que tu sois toi-même », résume-t-elle.

À l’aube de ses 70 ans, Mme Savard affirme que beaucoup de chemin a été parcouru par les femmes, mais que la lutte n’est pas terminée. Les femmes doivent continuer à dénoncer, dit-elle.

« Ne gardez plus rien en-dedans de vous. Parlez! C'est comme ça qu'on va libérer les femmes. »

Plus d’appels

Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, les femmes sont justement de plus en plus nombreuses à s’ouvrir au sujet des violences sexuelles qu’elles ont vécues. C’est à tout le moins ce que constate Renée Fortin, travailleuse au Centre femmes d’aujourd’hui.

Leur ligne d’aide téléphonique est non seulement plus occupée qu’avant les affaires Weinstein ou Rozon, mais les femmes semblent aussi mieux disposées à nommer les choses, dit Mme Fortin.

Mais « la violence qu'elles ont vécue a des conséquences tout au long de leur vie », ajoute-t-elle. Des propos rétrogrades continuent d’être tenus au sujet des victimes en 2018, affirme Mme Fortin, et le système de justice n’est pas encore adapté à leur réalité.

« Les délais font en sorte qu'on a à revivre tout ça, c'est long, on se remémore. C'est très pénible, c’est difficile et des fois… pour gagner quoi, au bout? », s’interroge Mme Fortin.

C’est là toute l’importance, selon elle, de souligner encore aujourd’hui la Journée internationale des femmes.

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