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Metallica à Québec : un engouement qui ne date pas d'hier

Metallica s'apprête à tourner une page d'histoire ce soir au vieux Colisée, à Québec. Il s'agit d'un dernier spectacle dans l'enceinte pour le groupe qui s'y produit depuis 26 ans.

Un texte de Jean-Simon Fabien

Le plus grand groupe de heavy metal de la planète s'est arrêté jusqu'ici sept fois au Colisée, dont un premier passage en octobre 1989. Le lien unique entre Metallica et les amateurs de Québec s'enracine cependant bien avant ce concert de la tournée And Justice For All.

Une maquette qui circulait à Québec?

Avant même que Metallica ne vienne à Québec pour un concert, avant même la parution du premier album, Kill Em' All, la rumeur courait à l'époque, dans la capitale, qu'un quatuor californien proposait un nouveau genre de heavy metal.

Bob Girard, admirateur de Metallica depuis 1985, raconte que c'est le photographe du groupe Voïvod, à l'époque, qui a agi comme catalyseur.

« Wayne Archibald a été un des premiers à avoir en main le premier demo de Metallica. Il a contribué à le faire propager », se souvient-il.

Les échos à Québec ont été retentissants à la sortie de l'album Kill Em' All, en 1983. « Ç'a eu l'effet d'une bombe, parce qu'à l'époque, les groupes étaient tous glam, les gars étaient crêpés, et là, eux sont arrivés avec un style pas mal plus ''speedé'' », raconte Bob Girard.

Le style de Metallica a rapidement fait école aux quatre coins du globe, dans les cercles de heavy metal underground, ajoute l'admirateur du groupe.

Un phénomène de génération?

Lors du tout premier passage de Metallica à Québec, le 17 janvier 1985, deux catégories distinctes d'amateurs de metal se sont côtoyées à la Salle Albert-Rousseau.

Les plus jeunes, gonflés à bloc par la récente parution de Ride The Lightning, et les plus vieux, amateurs de heavy metal plus conventionnel, qui venaient surtout pour voir W.A.S.P., le groupe de tête d'affiche en ce soir d'hiver 1985.

« Metallica a vraiment volé le show », se souvient Bob Girard.

Le président du chapitre officiel du fan-club de Metallica à Québec, Robert Côté, abonde dans le même sens.

« C'est drôle, à l'époque, les gens venaient voir Metallica, pas pour voir W.A.S.P. Je me rappelle, on se mettait de dos pendant le spectacle. C'était ce qu'on faisait à ce moment-là pour faire savoir qu'on n'aimait pas le band principal, mais qu'on aimait le band d'avant. »

Le sentier de la gloire

Jusqu'à la parution de Master of Puppets, troisième album du groupe américain, premier signé sur Elektra, le « phénomène Metallica » en était un assez marginal.

Certes, la proposition musicale de James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett et Cliff Burton était radicale, mais l'envergure de Metallica n'a pas dépassé, avant 1986, les cercles underground.

La montée prochaine du groupe ne faisait cependant plus aucun doute. « Avec Master Of Puppets, c'était maintenant possible de voir Metallica partout sur la planète et les gros groupes comme Iron Maiden se sont dits, à ce moment-là : "eux autres, ils s'en viennent, on le savait qu'ils seraient gros'' ».

La machine était donc enclenchée. À un point tel que le groupe n'a pris que tout juste un mois et demi de convalescence à la suite d'un grave accident d'autobus, accident qui a coûté la vie au bassiste Cliff Burton, avant de poursuivre sa tournée de spectacles avec un nouveau bassiste, Jason Newsted.

And Justice for All, paru en 1988, fera accéder ensuite Metallica au statut de vedettes internationales.

Un premier vidéoclip, pour la chanson One, a d'ailleurs recueilli une nomination aux prix Grammy l'année suivante. Le trophée pour la meilleure performance hard-rock/metal avait alors été remis au groupe Jethro Tull, suscitant une importante controverse, quoique principalement alimentée par le batteur, Lars Ulrich.

Après une tournée intense, comprenant un premier passage au Colisée, le 10 avril 1989, Metallica est alors retourné en studio pour enregistrer sa pièce maîtresse, Metallica, mieux connu comme « l'album noir », qui sera lancé en 1991.

Un album qui divise les admirateurs

Bien que les textes et les thèmes de « l'album noir » soient assez sombres, cela n'a pas empêché les Enter Sandman, The Unforgiven, Sad But True et Nothing Else Matters de devenir des succès radiophoniques monstres, au grand dam des admirateurs de la première heure.

Robert Côté voit quant à lui d'un autre oeil cette époque de la carrière de Metallica et la parution de « l'album noir. »

« C'était un peu tendu à ce moment-là [...] entre les fans et le groupe, mais c'était le cas avec tous les groupes. C'était le grunge qui était populaire, la plupart des groupes metal se cherchaient, le metal était dans un creux de vague, et malgré qu'on critique cet album-là, c'est quand même leur album le plus vendu! Et c'est l'album qui fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui, c'est des mégastars. »

La controverse perdurera pour chaque nouvelle parution du groupe par la suite. Que ce soit sur l'allure des membres (Kirk Hammet avec les cheveux courts, par exemple) ou sur le son des albums de Metallica, les amateurs ont entretenu de vifs débats sur la « ligne » à tracer dans le répertoire du groupe, ligne qui départagerait l'« original » du « dérivé ».

Ces questions n'ont toutefois jamais empêché les amateurs de se rendre à un spectacle.

« Je pense que c'est des gars assez intègres, qui ont le goût de faire ce qu'ils ont le goût de faire sans se dire : "est-ce que ça va plaire ou est-ce que ça plaira pas?" Et c'est ce que j'aime d'eux, la prise de risques, et c'est ce que d'autres fans plus purs de metal n'aimeront pas », analyse Robert Côté.

Ce soir et mercredi en tout cas, pas de débat! Ils seront nombreux à entonner, quoi qu'ils en pensent, toutes les pièces de la discographie de Metallica. Et c'est là que réside le pouvoir unificateur de la musique... et des effets pyrotechniques!

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