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Metallica à Québec : un public de connaisseurs

Metallica a fermé le Colisée, lundi, au plus grand plaisir de ses admirateurs. Le groupe a clos une longue relation de 26 ans avec le vieil édifice en présentant un huitième et ultime concert dans l'enceinte depuis 1989.

Un texte de Jean-Simon Fabien

Mercredi, un nouveau chapitre s'amorce dans la longue histoire d'amour entre Metallica et le public de Québec. Une relation qui remonte à loin.

À la base, le metal et la musique lourde ont toujours été assez populaires à Québec. C'est ce que note Jean-Pierre Grenier, animateur de Vague 80, une émission consacrée à cette culture sur les ondes de CKIA. Ce lien très fort, croit-il, vient du désintérêt des gens de Québec pour ce qui est « à la mode ».

Le chroniqueur musical François Gariépy est du même avis. « L'amour pour le heavy metal des gens de Québec est en continuité avec celui voué au rock progressif. Ici, on est réceptif aux sonorités nordiques, aux chansons aux formats différents et à la complexité en général. La musique compliquée, difficile d'approche est la musique préférée des gens de Québec. »

Le rock progressif des années 70 était le style de prédilection des grands frères, parents ou cousins des jeunes mélomanes nés dans cette décennie ou dans les années 80. C'est par eux qu'un nouveau bassin d'amateurs a découvert la musique, pour s'enticher ensuite du heavy metal, fait valoir François Gariépy.

Une autre vision des choses

Denis Jodoin, propriétaire du disquaire Sillons, sur l'avenue Cartier, rejette en bloc ces interprétations.

« Le metal, même quand il émerge, n'est pas en marge. Il est un phénomène de masse qui emprunte un ensemble de patterns assimilés par d'autres genres : les références sataniques, le thème de la mort, etc. », avance-t-il.

Denis Jodoin refuse également de comparer le rock progressif et le métal sur le plan de la recherche musicale et de la complexité. Il confirme toutefois que le « prog » était des plus populaires dans les années 70 dans la Vieille Capitale.

« Je ne pourrais pas dire pourquoi exactement. Est-ce que la radio a joué un rôle? Sans doute qu'une station comme LS-Radio a eu une influence. Elle soutenait beaucoup la mouvance », se souvient Denis Jodoin.

Ce rôle décrit par le disquaire, François Gariépy le voit chez Michel Brazeau, organisateur de spectacles heavy metal bien connu des mélomanes de la région. « Il a eu du pif dans les années 80. Il y avait des semaines à l'époque où il y avait tellement de shows que c'était impossible de suivre le rythme.

Aussi populaire depuis les années 80?

La vague grunge du début des années 90, précipitée par la sortie de l'album Nevermind, de Nirvana, a éclipsé les groupes heavy metal des années 80.

Au sommet de sa popularité après la parution de l'album noir (1991), même Metallica a été relégué à un rôle de figurant à l'époque de Pearl Jam, Soundgarden et Nirvana. Québec n'a pas échappé à cette tendance.

« Le grunge est devenu le nouvel étalon de la musique lourde. On y retrouvait ce qu'on aimait dans le heavy metal », analyse François Gariépy.

Mais malgré cet éloignement, le chroniqueur se réjouit de l'arrêt d'AC/DC en ville plus tôt cet été, du passage prochain de Mötley Crüe et de celui de Metallica pour deux concerts qui ont une valeur symbolique : la fermeture du Colisée et l'ouverture du Centre Vidéotron. « Je pense qu'on est sur le point de connaître une nouvelle vague », dit-il.

En conclusion, il ne faudrait pas oublier les sages paroles de Rob Zombie, met en garde François Gariépy. « Personne ne dira : ''je me souviens de cet été-là, j'écoutais beaucoup de Slayer''. Non. Quand tu es amateur de métal, il n'y a pas de mode, tu aimes le genre pour toujours. »

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