Sur la route, les panneaux indiquent la limite de vitesse en kilomètres à l'heure. À la station-service, le volume d'essence se vend au litre. Mais à la quincaillerie, le tapis se vend au pied alors qu'à la piscine, la température est indiquée en degrés Fahrenheit. Entre les systèmes métrique et impérial, les Canadiens hésitent encore. Même les plus jeunes.

Un texte d'Alexandre Duval

Lorsqu'on leur demande leur taille, les élèves de Maryse Tremblay répondent partiquement tous en pieds et en pouces. Pourtant, ils n'ont que 15 ans et leur formation ne prévoit pas l'apprentissage de ces unités.

« À l'école, on fait juste du [système] métrique. On fait juste ça! », s'étonne l'enseignante de sciences en 4e secondaire à l'école Roger-Comtois, à Québec.

Ses élèves se pèsent en livres et règlent la température du four en degrés Fahrenheit. En contrepartie, ils parlent de la distance qui sépare leur maison de l'école en kilomètres et ils décrivent l'air ambiant avec les degrés Celsius.

Le système impérial est effectivement encore largement utilisé dans plusieurs domaines et même les plus jeunes y ont été exposés : dans l'immobilier, à l'épicerie, à la boucherie et dans les recettes, par exemple, le pied et la livre sont encore bien présents.

À l'instar de ses camarades de classe, le jeune Thomas Germain remarque qu'il existe un décalage entre certaines mesures du quotidien et celles apprises à l'école.

Pourtant, la présence du système métrique au Canada ne date pas d'hier.

Un système légal depuis 145 ans au Canada

Déjà en 1871, le premier ministre John A. Macdonald légalise l'utilisation du système métrique au pays. Le geste estr toutefois presque symbolique. Ce n'est qu'un siècle plus tard que le Canada a véritablement commencé à s'y convertir.

En 1970, le Livre blanc sur la conversion au système métrique est publié. L'année suivante, le gouvernement fédéral met sur pied la Commission du système métrique du Canada. Son mandat : élaborer un plan pour convertir le Canada aux mesures internationales.

Graduellement, les changements se sont mis en place. Le premier véritable choc est survenu en 1975.

Des changements progressifs

Le 1er avril 1975, la météo change de visage au Canada : les températures doivent dorénavant être exprimées en degrés Celsius plutôt qu'en degrés Fahrenheit. Quelques mois plus tard, c'est au tour des précipitations de changer de mesure. La pluie et la neige doivent être exprimées en millimètres et en centimètres.

En septembre 1977, un autre changement majeur survient : les panneaux, qui indiquaient la limite de vitesse en miles à l'heure sur les routes du pays, sont remplacés. Le kilomètre à l'heure devient roi et parallèlement, les odomètres des voitures commencent à inclure cette même mesure.

En janvier 1979, c'est au tour des stations d'essence de s'ajuster : le carburant est désormais vendu au litre plutôt qu'au gallon. La même année, la conversion progressive des balances dans les épiceries commence et se poursuit jusqu'en 1983.

Tous ces changements provoquent de la résistance. Le gouvernement fédéral décrète un moratoire sur la conversion au système métrique en 1983. En fin de compte, aucun autre changement majeur n'a été fait depuis.

L'imposition totale du système métrique ne s'est jamais concrétisée.

La Loi sur les poids et les mesures reste en effet permissive. L'utilisation de mesures hors système telles que la livre ou le pied est toujours possible dans plusieurs domaines au Canada, en autant qu'elle se fasse conjointement avec les mesures internationales.

Deux systèmes pour toujours?

145 ans après sa légalisation et 45 ans après le début de son implantation progressive, le système métrique partage donc toujours l'espace public canadien avec le système impérial. Mais pour combien de temps encore?

Yvon Fortin, qui est fondateur du Centre de démonstration en science physique du Cégep Garneau, croit que l'école demeure le principal vecteur de changement. « Je pense que ce n'est pas indéracinable, par contre, il faut accepter et reconnaître que c'est un processus qui est lent », dit-il.

Mais celle qui enseigne les sciences à des jeunes de 4e secondaire est convaincue que le système impérial est trop ancré dans nos moeurs pour disparaître.

« Ça sera toujours comme ça parce que même moi, encore, mes enfants, je leur apprends en impérial et en métrique en même temps. Je ne sais pas quand ça va arrêter », lance-t-elle en riant.

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