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Mort d’un cycliste : le policier Simon Beaulieu acquitté

Le policier Simon Beaulieu est reconnu non coupable de négligence criminelle et de conduite dangereuse ayant causé la mort d'un cycliste à l'été 2014, dans le quartier Saint-Roch, à Québec.

Un texte de Stéphanie Tremblay

Dans son jugement rendu vendredi matin, le juge René de la Sablonnière indique que le policier de 37 ans n'a pas été négligent lorsqu'il a décidé de reculer avec son autopatrouille pour intercepter Guy Blouin. Même si la manoeuvre se faisait à reculons dans un sens unique, le juge conclut que ce n'était pas imprudent.

Le juge a tenu compte du fait que le système de freinage de l'autopatrouille était défectueux, comme l'a démontré l'expert de la défense lors du procès.

Le juge s'est d'ailleurs montré très critique à l'égard du travail de l'expert de la Sûreté du Québec présenté par la poursuite. « En l'espèce, la qualité de l'expertise et le rapport de l'expert de la défense l'emportent largement sur ceux de la poursuite. »

C'est donc la thèse de la défense qui a été retenue quant à la vitesse à laquelle circulait l'autopatrouille, soit 22 km/heure, plutôt que 44 k/heure comme le suggérait l'expert de la poursuite.

Le contexte particulier dans lequel s'est produit l'accident a également été pris en compte. Des vols de bicyclette avaient été perpétrés dans le secteur en matinée et les patrouilleurs étaient à la recherche des malfaiteurs. Or la victime circulait à vélo en sens inverse. C'est pour cette raison que Simon Blouin a a tenté de l'intercepter.

Des membres de la famille de Simon Blouin étaient présents pour entendre le verdict. Ils étaient visiblement soulagés de son acquittement.

La Défense satisfaite du verdict

L'avocat de Simon Beaulieu est satisfait du verdict rendu. « Il s'agit d'une décision fort bien fouillée, motivée, réfléchie. Elle confirme ce qu'on a toujours soutenu dès la première comparution, qu'il s'agissait d'un accident malheureux », a déclaré Me Maxime Roy.

Un verdict de culpabilité aurait mis fin à la carrière policière de Simon Beaulieu, qui a été promu au grade de sergent-détective dans les semaines suivant l'accident.

La poursuite n'ira pas en appel

Le procureur de la Couronne, Me Michaël Bourget, n'a pas l'intention d'interjeter appel du verdict. Il a admis que le juge a été très critique à l'endroit de l'expert de la SQ qu'il a fait entendre.

« C'est vraiment le point faible que le juge, lui, a déterminé. Je ne peux pas me cacher du fait que le juge n'a pas apprécié l'expertise de la poursuite », a indiqué Me Bourget. Il a toutefois refusé de se prononcer à savoir si le travail avait été mal fait.

Le Comité du 3 septembre déçu

Le comité de citoyens, formé à la suite du décès de Guy Blouin, est déçu du jugement. Son porte-parole, Jean Fortin, était abasourdi au sortir de la salle d'audience.

Il se dit préoccupé par l'ensemble du processus judiciaire entourant le procès de Simon Beaulieu. Il se questionne aussi sur le fait que peu de témoins aient été appelés à témoigner, alors qu'ils étaient plusieurs sur le parvis de l'église Saint-Roch à avoir assisté à la scène.

M. Fortin estime tout de même que le procès a permis d'améliorer les relations entre les citoyens de son quartier et les policiers.

« Ils sont peut-être plus conscientisés. Que ce soit dans Saint-Roch, ils font plus attention avec leur auto sur le parvis. Il y a des choses qui ont changé, puis ils vont plus à pied pour parler avec le monde. Au moins, ça apporte des éléments positifs », a philosophé le porte-parole du Comité.

La Fraternité des policiers soulagée

La Fraternité des policiers de Québec s'est dite soulagée du verdict d'acquittement par voie de communiqué. « Nous avons toujours cru, et la décision de ce matin le confirme, que le comportement du policier Beaulieu ne pouvait entraîner une responsabilité criminelle. Il s'agit d'un accident, certes tragique, mais qui demeure un accident », peut-on lire dans le communiqué.

L'organisme qui représente les policiers de Québec a tenu à souligner la clarté du jugement du juge René de la Sablonnière, « remarquablement rédigé ». La Fraternité a aussi rappelé « le contexte souvent difficile dans lequel oeuvrent les hommes et les femmes qui ont fait le choix de servir. »

Le SPVQ réagit aussi

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a réagi lui aussi par voie de communiqué. « Le travail de policier implique de prendre des décisions en fonction d'une situation précise qui peut évoluer rapidement. Les tristes événements de septembre 2014 ont ébranlé autant le corps policier de la Ville de Québec que la communauté. »

Le SPVQ rappelle que les formations en conduite automobile en situation d'urgence allaient se poursuivre auprès de ses agents pour assurer des interventions sécuritaires.

La Police de Québec a également réitéré ses sympathies envers la famille et les proches de Guy Blouin.

Quant à la plainte en déontologie policière qui avait été déposée à l'endroit du policier Simon Beaulieu, puis mise en suspens pendant le procès, ce sera au commissaire à la déontologie policière à évaluer la suite des procédures.

Avec les informations de Pascal Poinlane et Cathy Senay

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