Retour

Morts dans la tempête : mauvaises décisions et malchance

La mort de Michaël Fiset et de Pierre Thibault, ensevelis dans une tempête à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud l'an dernier, est liée à une série de mauvaises décisions et à de la malchance, soulève le rapport du coroner qui cible aussi la gestion du poste de la Sûreté du Québec à Montmagny.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Le coroner Luc Malouin conclut que les deux hommes sont morts d’une intoxication au monoxyde de carbone et qu’il s’agit d’un décès accidentel.

Leur véhicule était sous une lame de neige de plus de 3 mètres de haut. M. Thibault a été retrouvé à l’intérieur du véhicule, alors que M. Fiset était à l’extérieur, près de la portière.

Une partie du rapport est consacrée à la « sous-estimation du danger » de la part des deux victimes lors de cette tempête du 14 au 15 mars 2017.

« J’aurais aimé ne pas écrire ces lignes et ne pas avoir à parler de la sous-estimation du danger par MM. Fiset et Thibault pour ne pas alourdir la peine des familles », fait savoir Luc Malouin.

La tempête a débuté en après-midi et s’est aggravée d’heure en heure. À ce moment, Pierre Thibault et Michaël Fiset travaillaient chez Transport Gilmyr à Montmagny. Leur quart de travail devait se terminer à 3 h le lendemain matin, mais ils sont partis plus tôt en raison des mauvaises conditions météorologiques.

Routes fermées

L’autoroute 20 et la route 132 étaient fermées à la circulation, de même que le rang du Coteau qui représentait la dernière option des deux hommes.

Leurs conjointes et leurs collègues de travail leur ont déconseillé de prendre la route. La préposée de la station-service où ils ont fait un arrêt a fait de même.

Ils ont toutefois décidé de contourner la barrière qui se trouvait à proximité de leur entreprise pour emprunter le rang du Coteau. Un trajet de 13 kilomètres les séparait de leur résidence.

« M. Fiset se croyait en sécurité dans son camion. Il était convaincu que le fait d’avoir une traction intégrale lui permettrait de passer [au] travers de la neige », peut-on lire dans le rapport.

Arrivée à la rue Principale à Sainte-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, la camionnette de M. Fiset s’est enlisée dans une importante lame de neige formée par des vents atteignant 100 km/h.

C’est à cet endroit que les deux hommes ont été retrouvés morts, vers 8 h le lendemain matin.

Appels à l’aide

Il est 22 h 43 quand le camion de M. Fiset reste pris dans la neige. Les deux hommes communiquent par téléphone avec des proches pour obtenir de l’aide, mais personne ne peut prendre la route, compte tenu des précipitations et des forts vents qui rendent la visibilité nulle. Même les déneigeuses n’arrivent pas à les rejoindre.

À 23 h 18, M. Thibault communique avec les policiers. Le poste de police de Montmagny commence alors à former une équipe de motoneigistes pour leur porter secours.

Pendant ce temps, M. Fiset se rend à une résidence située à une trentaine de mètres de son véhicule, et emprunte une pelle, à l’insu des occupants. Il tente de libérer le tuyau d’échappement et les fenêtres de son véhicule, mais la neige reprend sa place au fur et à mesure, selon les textos échangés durant cette soirée.

Un peu avant 1 h du matin, M. Fiset informe les secours que M. Thibault est en train de faire une crise d’asthme. Il a laissé ses médicaments au travail. Son état ne lui permet pas de se rendre à la résidence qui se situe à proximité. M. Fiset décide de rester avec son ami.

À 1 h 16, M. Fiset compose de nouveau le 911. Il commence aussi à manquer d’air. Pierre Thibault, quant à lui, est inconscient. Selon le rapport du coroner, c’est le dernier contact que les services d’urgence ont eu avec les victimes.

Recommandation à la SQ

Ce n’est qu’à 1 h 20 que les policiers motoneigistes de la Sûreté du Québec peuvent quitter la centrale de police de Montmagny.

À ce poste, deux motoneiges sont stationnées en permanence pour servir lors des situations d’urgence. Un des policiers formés pour les conduire est toutefois déjà en fonction comme policier patrouilleur ailleurs sur le territoire. En raison des conditions routières, il lui faut deux heures pour revenir au poste lorsqu’il en reçoit l’ordre.

Vers 2 h 15, les policiers arrivent finalement sur les lieux. Ils ont dû abandonner leur motoneige et marcher dans la tempête pour réussir à atteindre ce secteur de la route principale. Le véhicule est introuvable. Pas moins d'un mètre de neige le recouvre.

Ce n’est que vers 8 h que le camion est retrouvé. Il est déjà trop tard depuis un bon moment. Deux heures plus tôt, les policiers seraient arrivés sur les lieux au moment où les deux victimes étaient encore en vie, soulève Luc Malouin.

Le coroner recommande donc à la Sûreté du Québec que des policiers qualifiés pour conduire des motoneiges soient présents dans les postes qui disposent de ces véhicules lors de tempête pour permettre de partir rapidement lors d’une situation d’urgence.

« Il est impossible de dire si les policiers auraient pu localiser les deux personnes assez vite pour leur sauver la vie, mais à tout le moins, toutes les chances auraient été de leur côté », convient-il.

Responsabilité citoyenne

En fin de rapport, Luc Malouin fait référence au rapport d’un de ses collègues sur les événements survenus sur l’autoroute 13, le même soir.

Celui-ci faisait référence à la responsabilité des citoyens lors de l’annonce d’une tempête et sur « l’importance de bien juger la situation avant de prendre la route avec son véhicule ».

Il recommande notamment que la Société de l’assurance automobile du Québec s’implique de nouveau dans des campagnes de sensibilisation à la conduite hivernale.

« Il est pour le moins équivoque qu’un citoyen mette sa vie en danger par son imprudence et que ce même citoyen s’attendre à ce que d’autres personnes travaillant pour des organismes gouvernementaux risquent leur vie pour [lui] porter secours rapidement », mentionne le coroner Luc Malouin.

Huit personnes sont décédées au Québec des conséquences de cette tempête.

Plus d'articles