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Outiller les Inuits pour qu’ils produisent plus d’aliments frais

Transformer des conteneurs de marchandises en unités de production d'aliments frais : l'idée est simple, mais prometteuse pour les Inuits du nord du Québec. Un projet de recherche mené à l'Université Laval veut outiller les habitants du Nunavik pour qu'ils puissent produire des fruits, des légumes et même du poisson à longueur d'année dans leur climat rigoureux.

Un texte d’Alexandre Duval

Sur un terrain de l’Université, deux anciens conteneurs métalliques sont superposés. Des étudiants y effectuent des travaux dans le but d'en faire une ferme aquaponique verticale : l’eau dans laquelle grandiront des poissons, à l’étage du dessous, servira aussi à nourrir des végétaux comestibles, à l’étage du dessus.

L’idée n’est pas nouvelle. Ces conteneurs ont été prêtés par la compagnie montréalaise ÉAU. L’été dernier, ils étaient installés aux abords du marché Jean-Talon, à Montréal, et produisaient notamment du tilapia, des tomates et du chou frisé.

« On a eu beaucoup de succès », indique Benjamin Laramée, qui travaille pour ÉAU et qui est aussi doctorant en sciences animales à l’Université Laval.

L’étudiant s’intéresse non seulement à l’aquaponie, mais aussi à l’insécurité alimentaire des peuples autochtones du nord du Québec. L’occasion était donc belle pour joindre l’utile à l’agréable.

« Étant donné que ce sont des conteneurs maritimes, [l'ensemble] est mobile. Donc, il y aurait une possibilité de les déplacer de village en village [dans le nord] », explique Benjamin Laramée.

La question est maintenant de savoir comment une telle ferme aquaponique réagirait dans les conditions climatiques difficiles du Nunavik.

« Le défi, c'est de l'adapter aux conditions nordiques et ensuite d’évaluer les défis techniques, les défis biologiques aussi », indique M.Laramée.

Avec l’aide d’autres étudiants, il s’affaire donc à isoler les conteneurs contre le froid. Ensuite, il faudra installer des déshumidificateurs et des lumières, puis planter les semis et intégrer les poissons.

À la mi-février, la ferme aquaponique entrera en fonction. Elle sera testée dans le froid de Québec pendant deux ans, après quoi le concept pourrait prendre la route du Nunavik.

[À partir de] là, ça va être d’évaluer les coûts associés à ça et de voir si on est capable d'en faire une production rentable [dans le nord].

Benjamin Laramée, doctorant en sciences animales à l'Université Laval

Lutter contre l’insécurité alimentaire

« On sait que les communautés autochtones souffrent d'insécurité alimentaire, souligne le professeur Grant Vandenberg, qui supervise le projet. Il y a des programmes pour envoyer des légumes [dans le nord], mais ils arrivent à moitié pourris. »

En 2011, une enquête canadienne démontrait que l’insécurité alimentaire touchait 27 % des ménages autochtones vivant hors réserve, soit deux fois plus que dans l’ensemble des ménages canadiens.

Malgré l’existence de programmes tels que Nutrition Nord Canada, le coût des denrées alimentaires demeure également beaucoup plus élevé dans les communautés nordiques que dans le sud du pays.

Toutefois, si la ferme aquaponique fonctionne bien dans le froid de Québec, elle pourrait avoir un potentiel intéressant pour le nord, croit Grant Vandenberg.

On peut penser au niveau de l'emploi régional que ça va créer. On va aussi avoir de la transformation de produits sur place. Il y a des idées aussi de santé communautaire et individuelle, de comprendre c'est quoi bien manger.

Grant Vandenberg, professeur au département de sciences animales de l'Université Laval

Les produits maraîchers d’abord testés à Québec seront la laitue, le chou vert frisé, les fraises, les tomates et les concombres. Quant au poisson testé, ce sera la perchaude.

Grant Vandenberg est toutefois conscient qu'il faudra consulter les communautés du Nunavik sur les produits qu’elles désirent consommer.

« On peut produire n'importe quelle espèce de poissons et de plantes ici, mais si ça n'intéresse pas les communautés, on est mieux de ne pas commencer ça. »

Une occasion de dialogue

La titulaire de la Chaire de recherche Nasivvik sur la santé nordique, Mélanie Lemire, affirme aussi que le succès d’un tel projet passe par la consultation et la participation des Inuits.

Voilà une « belle opportunité pour amorcer un dialogue avec les Inuits pour voir si ça les intéresse », dit-elle.

Elle croit qu’il s’agit d’un projet d’intérêt, ne serait-ce que pour contrer la faible disponibilité des produits frais dans les supermarchés.

Malgré le fait qu'il y a un rayon pour du frais, l'ensemble des tablettes, c'est des aliments transformés. Donc, bien sûr, les aliments locaux, qui viennent de leur environnement, sont de meilleure qualité.

Mélanie Lemire, titulaire de la chaire de recherche Nasivvik en approches écosystémiques de la santé nordique

« Les solutions sont dans la diversité et dans les aliments de qualité. Il semble, de toute évidence, que ces produits-là seraient de qualité », ajoute Mélanie Lemire.

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