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Parrainer un réfugié : une question de coeur, d'argent et de temps

Les organismes ou groupes de personnes qui souhaitent parrainer des réfugiés doivent non seulement s'engager à soutenir financièrement ceux qu'ils souhaitent accueillir au Québec, mais aussi présenter un dossier qui prend des mois à remplir et qui implique de connaître les réfugiés.

Selon le programme de parrainage collectif du Québec, les personnes intéressées à parrainer un réfugié devront former un groupe de deux à cinq personnes, déposer leur demande, préparer l'accueil du parrainé et sa famille, l'accompagner dans ses démarches d'intégration et éventuellement, l'aider à faire venir au Québec son conjoint ou ses enfants.

Les membres du groupe - comme celui qu'a formé le premier ministre Philippe Couillard avec sa conjointe et des amis - devront en outre payer les dépenses de logement, d'ameublement, de nourriture et de vêtements pour une période d'un an. Pour un adulte, le montant est évalué à quelque 12 000 $; pour une famille de deux adultes et deux enfants, la somme dépasse les 21 000 $.

Un besoin de coordination

En plus de l'intérêt et de la capacité financière, les personnes qui souhaitent être parrains doivent aussi connaître les personnes qu'ils entendent parrainer afin de remplir les dossiers d'immigration, qui demandent notamment de connaître les lieux de résidences et les emplois des cinq dernières années des demandeurs, ainsi que les raisons qui justifient le statut de réfugié, explique Paul Clarke, directeur général d'Actions réfugiés Montréal.

Ainsi, même si plusieurs Québécois veulent parrainer des réfugiés, « il n'y a pas de système pour lier les deux, et c'est ça qu'il faudrait créer », selon M. Clarke.

Dans les cas classiques de parrainage de membres de la famille, la préparation d'un dossier prend généralement plusieurs mois, selon M. Clarke.

« Nous avons eu des gens qui sont arrivés ici au bout de six mois, et on continue d'avoir des personnes qui avaient présenté leur demande il y a à peu près un an et demi et qui attendent encore au Liban, par exemple, pour que leur dossier soit traité », explique Nayiri Tavlian, présidente de l'organisme de parrainage Hay Doun, qui a accueilli 630 réfugiés syriens au Québec depuis 2013.

Les dossiers sont d'abord envoyés au gouvernement du Québec, qui les fait suivre au gouvernement du Canada. Des représentants du Canada traitent ensuite les dossiers dans les pays où sont les réfugiés afin de valider ou non les demandes.

« C'est le Canada qui va déterminer si cette famille a un statut de réfugié ou non, donc ça peut prendre du temps, à moins que le fédéral mette une procédure d'urgence », explique Andrée Juneau, coordonnatrice du Service d'accueil aux réfugiés de Québec qui a accueilli 1000 familles en 27 ans.

Elle ajoute qu'entre le moment où l'engagement de parrainage est signé et celui où la famille arrive au Québec, il peut s'écouler jusqu'à six ans.

Les parrains doivent aussi s'attendre à offrir un soutien moral parfois éprouvant, poursuit Andrée Juneau, du Service d'accueil aux réfugiés de Québec.

« Il n'y a personne qui avait ça comme rêve dans la vie d'être réfugié. Il y a le deuil de son pays, celui des gens qu'ils ont laissés là-bas, des membres de leur famille qui sont morts, de la profession qu'ils exerçaient, de leur réseau social, c'est un paquet de deuils », souligne-t-elle.

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