Depuis 10 ans, Jean-Noël Lacroix et ses proches ont berné les consommateurs avec les compagnies Flamidor et G1 Tour. Ils se cachent maintenant derrière une entreprise d'isolation avec les licences et les permis qu'il faut pour opérer en toute quiétude.

Un texte de Maxime Poiré, de La facture

Depuis quelques mois, plusieurs consommateurs de la région de Québec ont contacté La facture pour dénoncer les façons de faire de la compagnie Isolation Pro-Inspect.

Le dossier est suffisamment sérieux pour que l’Office de la protection du consommateur (OPC) signifie un avis d’infraction à l’entreprise pour des représentations fausses ou trompeuses.

Qui dirige Isolation Pro-Inspect?

Sur papier, le propriétaire de la compagnie se nomme Alain Lacroix. Il détient la licence de la Régie du bâtiment du Québec et le permis de commerçant itinérant de l’OPC.

Nous nous sommes rendus à l’adresse d’Isolation Pro-Inspect. La compagnie porte aussi un deuxième nom : Les peintures pyramidales. Sur place, on nous explique que, dans les faits, ce n’est pas Alain Lacroix qui dirige réellement les activités de la compagnie. Il s’occupe plutôt de peinture et non pas d’isolation.

Pour en savoir plus sur l’identité du véritable dirigeant de la compagnie, La facture a capté une conversation entre un client et un employé d’Isolation Pro-Inspect grâce à une caméra cachée. L’employé prétend que Raphaël Lacroix est le véritable patron. Il s’agit du fils de Jean-Noël Lacroix. Ce dernier est un homme bien connu des policiers, des autorités réglementaires et de La facture.

Une longue histoire d’arnaques

En 2006, La facture a réalisé un reportage sur Flamidor, une entreprise présidée par Jean-Noël Lacroix. À l’époque, la Régie du bâtiment a retiré à Flamidor sa licence d’entrepreneur, parce qu’elle ne méritait plus la confiance du public.

En 2011, Jean-Noël Lacroix est arrêté et accusé de vol pour sa participation dans une affaire de fraude fiscale de 900 000 $. Il a plaidé coupable en 2014.

On le retrouve ensuite avec sa conjointe aux commandes de la compagnie G1 Tour. À partir d’un centre de télémarketing situé à Québec, l’entreprise offrait des forfaits pour conduire des voitures sport. G1 Tour a été reconnue coupable d’infractions à la Loi sur la protection du consommateur pour ses représentations fausses ou trompeuses. Elle a déclaré faillite en 2016.

Deux employés au passé criminel

Notre enquête nous a permis d’apprendre qu’Isolation Pro-Inspect engageait deux amis de longue date de Jean-Noël Lacroix, les frères Denis et Michel Guérin.

En 2011, Denis Guérin a été arrêté lors de l’opération antidrogue Vautour. Il a plaidé coupable à des accusations de complot pour possession de biens criminellement obtenus.

Avant cela, en 2006, lui et sa compagnie de construction Faucher et Guérin faisaient l’objet d’un reportage à La facture. L’OPC les a poursuivis et ils ont été reconnus coupables d’avoir contrevenu à la Loi sur la protection du consommateur.

Quant à Michel Guérin, il a été arrêté en 2005 lors de l’opération Despote. L’année suivante, l’ex-prospect des Hells Angels a été condamné à purger une peine de huit ans de pénitencier pour trafic de stupéfiants et pour avoir commis une infraction au profit d’une organisation criminelle. Michel Guérin a maintenant recouvré la liberté.

En 2006, Jean-Noël Lacroix confirmait à La facture que Michel Guérin était bel et bien un ami.

Un témoignage important

Notre enquête nous a menés chez Isolation Nordique. Nous y avons rencontré Kevin Lussier, le propriétaire de l’entreprise. Il a travaillé d’avril à juillet 2016 avec Isolation Pro-Inspect et le groupe de vendeurs de Jean-Noël Lacroix.

Kevin Lussier avait déjà sa licence d’entrepreneur de la Régie du bâtiment. Pour augmenter les ventes, on lui a demandé de se procurer le précieux permis de commerçant itinérant de l’OPC.

Kevin Lussier nous a révélé que les activités de télémarketing de la compagnie d’isolation se déroulaient dans les mêmes locaux qu’occupait G1 Tour avant sa faillite.

La preuve est dans le garage

Pour en avoir le cœur net, La facture s’est rendue aux anciens locaux de G1 Tour. Derrière l’édifice, nous avons constaté qu’un camion déchargeait des quantités importantes de laine isolante dans l’entrepôt.

Par ailleurs, un centre de télémarketing y est toujours opérationnel.

On nous a confirmé que c’est bel et bien Isolation Pro-Inspect qui l’exploite maintenant. Sur sa page Facebook, Jean-Noël Lacroix affiche fièrement deux photos de ses locaux rénovés.

Qui surveille les entrepreneurs douteux?

Au Québec, pour œuvrer légalement dans le domaine de la construction, il faut obtenir une licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

Dans son rapport final, la commission Charbonneau a jugé sévèrement la RBQ, qui n’aurait pas joué son rôle de rempart pour éviter l’infiltration de l’industrie de la construction par des criminels.

Le journaliste André Noël, qui a aussi été enquêteur à la commission Charbonneau, critique le manque de leadership exercé par la RBQ à ce sujet.

Comme journaliste et comme enquêteur à la commission, André Noël a été très étonné « de voir que la RBQ n’exerce finalement à peu près aucun contrôle sur l’infiltration de l’industrie de la construction par le crime organisé, alors que c’est très certainement une de ses responsabilités ».

Au Québec, 46 000 entrepreneurs détiennent une licence de la RBQ. Il faut savoir que la Régie a le pouvoir d’annuler une licence si, par exemple, son titulaire est incapable d’établir qu’il est de bonnes mœurs, s’il ne peut exercer ses activités avec probité ou s’il est le prête-nom d’une autre personne. Sur le motif bien précis du prête-nom, la Régie n’a sévi que six fois au cours des deux dernières années.

C’est insuffisant, selon André Noël. Il rappelle que la RBQ a le pouvoir de tenir des audiences publiques, comme le fait la Régie des alcools. « Ils ont le pouvoir d’appeler les entrepreneurs ou les prête-noms. On n’entend jamais parler de ça. À ma connaissance, ils en font extrêmement rarement, des audiences publiques. Ce serait une façon de mettre de la pression sur ces gens-là. »

De son côté, l’OPC peut aussi agir. Cet organisme a le pouvoir d’annuler un permis de commerçant itinérant, si son titulaire ne peut assurer dans l’intérêt public l’exercice honnête de ses activités.

Silence radio

Par l’intermédiaire de l’avocat de la compagnie, Jean-Noël Lacroix, son fils Raphaël, les frères Denis et Michel Guérin ainsi qu’Alain Lacroix ont décliné notre demande d’entrevue.

L’OPC et la Régie du bâtiment ont aussi refusé de nous accorder une entrevue à la caméra.La RBQ nous a confirmé qu’elle connaissait déjà le dossier d’Isolation Pro-Inspect et qu’elle fait présentement enquête.

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