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Peu d'espoir pour sauver la plus vieille maison de Lotbinière

Marquée par le poids de deux siècles d'histoire, les jours semblent comptés pour la maison Legendre à Sainte-Croix. La municipalité doit se prononcer mardi soir sur une demande de permis visant la démolition de la plus vieille maison de la région de Lotbinière.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

« Cette maison est rendue très dangereuse. Ce printemps, le deuxième étage s’est effondré sur le premier », raconte Yvon Hamel en ouvrant la porte de sa propriété acquise en 2011.

Construite avant 1790, la résidence est l’une des rares à présenter les caractéristiques typiques des maisons québécoises du 18e siècle. Elle a été construite par Jean-Baptiste Legendre, le petit-fils du premier Legendre arrivé de France en Amérique.

M. Hamel a acheté la maison d’un des descendants de la famille Legendre puisqu’elle se situe juste à côté de sa résidence principale. Il voulait ainsi préserver une certaine tranquillité. De nombreux curieux avaient l’habitude de circuler sur son terrain pour observer la vieille demeure laissée à l’abandon depuis plusieurs années.

« Cette maison, ça fait des décennies qu’elle a commencé à avoir de l’infiltration d’eau. J’ai parlé à des experts qui me disent qu’elle n’est pas récupérable », explique le propriétaire.

L’avis de la demande de démolition publiée dans le journal local a fait réagir les membres d’un comité qui avait été créé par la municipalité en 2014 pour assurer la sauvegarde du bâtiment.

« On a tellement travaillé sur ce dossier. On ne peut pas laisser ça aller », affirme Christine Rousseau, la présidente de ce regroupement qui a été aboli depuis.

Démarches infructueuses

Malgré la création de ce comité de sauvegarde, la municipalité n’a jamais entamé de démarche pour que la maison Legendre soit citée patrimoniale.

« Même en 2014, il y aurait fallu près de 800 000 $ pour la remettre à niveau, soutient le maire Jacques Gauthier. La municipalité, on n’était pas prêt à investir ».

À l’époque, le propriétaire Yvon Hamel avait accepté de céder la résidence pour qu’elle soit déménagée. « On aurait fait une campagne de financement. Il y avait différentes avenues qui étaient envisagées à ce moment-là », assure Christine Rousseau.

Mais des membres du comité de sauvegarde n’auraient pas respecté certaines conditions, notamment en installant une toile protectrice sur le toit de la résidence sans autorisation du propriétaire.

Échaudé, l’homme qui a fait carrière dans le domaine de la construction avait alors retiré son offre mentionnant vouloir s’occuper personnellement de la restauration de la maison à sa retraite. Un diagnostic de cancer a toutefois retardé son projet.

Quand il est retourné dans la maison au printemps pour constater l’ampleur des travaux à effectuer, il était trop tard. « Je voulais la protéger, mais en essayant de monter au deuxième étage, j’ai passé à travers l’escalier. J’ai abandonné le projet », relate-t-il.

Peu de pouvoir

Aujourd’hui, le maire avoue avoir du mal à voir comment il pourrait refuser la demande de permis de démolition. « À la municipalité, on n’a pas de règlement qui a été voté pour protéger le patrimoine », précise Jacques Gauthier.

Yvon Hamel assure qu’il n’est pas « un destructeur du patrimoine ». Il compte plutôt déconstruire la maison pour préserver des éléments représentatifs du 18e siècle, comme les fenêtres. Il offrira d’ailleurs les objets d’époque qu’il récupérera à l’ancien propriétaire de la famille Legendre.

« Je ne vais pas démolir ça d’une façon brutale. Si ça peut servir à la culture ailleurs, je suis ouvert à ça aussi », mentionne M. Hamel.

Mme Rousseau dit être consciente qu’il est peut-être trop peu trop tard pour préserver la résidence dans son ensemble. Appuyée par une quinzaine de citoyens, des architectes et des historiens, elle demande tout de même à la municipalité de prendre le temps de bien analyser les solutions avant d'octroyer un permis de démolition.

« Tout ce qui peut être fait pour la sauver, je vais être la première à donner un coup de pouce. Si on ne peut pas la sauver, tout ce qui peut être fait doit l’être » martèle Mme Rousseau.

Les élus de la municipalité rencontreront le groupe d’opposants mardi soir avant de sceller le sort de la maison Legendre.

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