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Peut-on protéger notre identité virtuelle sur Internet ?

La notion de big data, en français mégadonnées, suscite l'intérêt des chercheurs depuis plusieurs années déjà. Alors que Facebook structure nos rapports et nos interactions avec nos « amis », que Google est notre principal portail vers le savoir et que les applications simplifient toujours davantage notre quotidien, la quantité d'informations personnelles que nous partageons sur Internet ne cessent d'augmenter.

Ces données peuvent ensuite être utilisées dans des domaines stratégiques, comme la sécurité, la génomique, mais aussi l'analyse politique, la publicité, etc.

Le professeur au Département d’informatique et de génie logiciel de l’Université Laval, Richard Khoury, s’est penché sur cet enjeu délicat. Nous lui avons posé quelques questions; voici ses réponses.

Que sait-on sur nous sur Internet ?

On connait tout ce que les gens partagent sur Internet et ce qu’ils font avec leur téléphone intelligent. On partage sans s’en rendre compte une quantité phénoménale d’informations qu’on pense bénignes, mais qui peut être utilisée pour nous identifier.

Un exemple banal : noter des films sur notre outil de visionnement, comme Netflix. On peut y déduire nos intérêts, nos préférences, notre orientation sexuelle, nos idées politiques. On croise les résultats dans diverses catégories de films (de genre, comédies, drame, etc.) et on peut faire un portrait assez fidèle de l’utilisateur.

Est-ce que les entreprises du web utilisent ces données ?

Netflix en 2009 s’est fait poursuivre pour avoir partagé des bases de données anonymisées d’utilisateurs à des chercheurs qui travaillaient à développer de nouveaux algorithmes de notation de films.

Doit-on craindre l’accumulation de ces informations, même si je n’ai rien à se reprocher ?

Je suis contre cette idée : ce n’est pas une question de se reprocher quelque chose ou non. Nous avons tous le droit d’avoir une vie privée et on a tous des parties de notre identité, numérique ou réelle, qu’on ne souhaite pas dévoiler.

Est-ce vraiment possible de se protéger, mais en continuant d’utiliser les outils numériques qui simplifient notre vie ?

Pas vraiment. Ces applications ont besoin des informations que l’on partage pour fonctionner. Le seul recours actuellement, c’est la législation. Le gouvernement pourrait encadrer le partage d’informations et protéger notre anonymat contre quiconque qui voudrait exploiter ses données pour nous retracer.

Mais comment faire lorsque des sites sont hébergés à l’étranger ?

Les lois ne sont pas parfaites. Les gouvernements s’affairent à rattraper l’écart entre la technologie et les lois. Comme il existe des paradis fiscaux, il existera des abris de données et en effet, si les données sont d’abord collectées sur un serveur à l’étranger, ça sera beaucoup plus difficile.

Mais il y a certes des lois en place pour que les informations collectées dans une certaine juridiction, par exemple au Canada, ne puissent en sortir.

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