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Plus de ressources pour les agriculteurs en détresse

Un an après la mise en place d'un programme visant à aider les intervenants du milieu agricole à reconnaître et réagir correctement devant la détresse et les comportements suicidaires, environ 600 sentinelles ont été formées.

Stress, endettement, isolement, contraintes environnementales, journées de travail trop chargées : les causes abondent pour expliquer que 51% des producteurs agricoles du Québec vivent avec une détresse psychologique élevée, selon les données de l’Association québécoise pour la prévention du suicide (AQPS).

Cette détresse se traduit par un taux de suicide deux fois plus élevé que dans la population en général, selon Santé Canada.

L’AQPS s’attaque à cette problématique depuis plusieurs années. S’il est difficile de chiffrer des résultats, le recrutement de personnes ressources est toutefois très positif.

« Après un an, on a formé environ 600 sentinelles en milieu agricole. C’est énorme, explique Lucie Pelchat, conseillère à la formation de l’AQPS. Au départ, c’était notre objectif pour deux ans. On l’a atteint dès la première année. On ne veut pas s’arrêter là. On veut s’assurer que partout au Québec, s’il y a quelqu’un en détresse, sur nos fermes, il y aura quelqu’un qui sera là pour pouvoir reconnaître cette détresse. »

Qui sont-ils?

Les sentinelles sont des travailleurs et professionnels qui œuvrent auprès des producteurs agricoles. L’AQPS forme par exemple des vétérinaires, des comptables spécialisés en agriculture, des agronomes ou encore des transporteurs pour le lait.

Grâce à cette formation, ceux-ci développent de « petites antennes » pour détecter les signes de détresse.

« On les forme également à parler avec [les agriculteurs en détresse]. Quoi dire, quoi ne pas dire, ajoute-t-elle. La sentinelle va tenter de favoriser la demande (d’aide), elle va dire au producteur : ‘‘Écoute, je connais des ressources d’aide. Si tu acceptes, je vais leur demander de communiquer avec toi.’’ »

Vivre avec le suicide

Une sentinelle aurait peut-être pu faire une différence dans le triste destin de Francis Côté, selon sa conjointe, Geneviève Racine.

Francis Côté, de l’Ange-Gardien, s’est enlevé la vie, le 17 juillet 2014, à l’âge de 42 ans. C’était pourtant une personne sociable, joviale et impliquée.

« À 23 ans, il a pris la relève de la ferme de son père décédé. Il a entrepris beaucoup de projets avec l’idée de réussir », dit Mme Racine.

Avec les années, M. Côté a toutefois vécu beaucoup de déceptions.

« Il y a beaucoup de lourdeurs administratives en agriculture. Il faut être extrêmement performant. Il travaillait très fort, mais la pression financière était importante, explique-t-elle. Un jour, il a fait une erreur en faisant des réparations sur la ferme. Une erreur qui a eu des conséquences sur le troupeau. »

Détérioration

En l’espace de quelques semaines, l’état psychologique de M. Côté s’est détérioré.

« Quand il a vu les conséquences, il s’est découragé. On s’en est rendu compte en juin. En juillet, il mettait fin à ses jours. Un mois avant, jamais je n’aurais pu dire que Francis avait des idées suicidaires », déplore Mme Racine, qui a depuis vendu les animaux de la ferme et loue la terre.

Mme Racine aurait bien aimé que le projet des sentinelles existe en 2014, d’autant plus que le réseau d’amis de son conjoint était souvent lié à l’agriculture.

Formée depuis six mois

Mélissa Leclerc, vétérinaire, a été formée pour devenir une sentinelle il y a six mois. Bien qu’elle n’ait pas eu encore à intervenir, elle estime que tous les intervenants en milieu agricole devraient avoir cette formation.

« En milieu agricole, on côtoie beaucoup de gens. Les vétérinaires, on parle beaucoup avec nos clients. Ils se confient à nous. On connaît la famille, raconte-t-elle. Il faut donc avoir des notions pour savoir comment dépister les personnes en détresse ».

Avec les informations de Nicole Germain

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