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Procès d’Alexandre Bissonnette : « On veut que la justice fasse son travail »

Alexandre Bissonnette a brièvement comparu pour une seconde fois ce matin au palais de justice de Québec. Le jeune homme de 27 ans est accusé de six meurtres et de cinq tentatives de meurtre sur des membres de la communauté musulmane de Québec. Mohamed Khabar, gravement blessé à la grande mosquée, souhaite que la justice fasse son travail parce que cette fusillade « personne ne va l'oublier. »

Un texte de Cathy Senay

Mohamed Khabar est barbier. Il a été atteint d'une balle à la jambe et au pied droit lors de la fusillade du 29 janvier.

Nouveau papa d’un bébé de deux mois, Mohamed Khabar a été hospitalisé pendant une semaine à l’Enfant-Jésus. Il est rentré chez lui au début de février et occupe maintenant ses journées entre les rendez-vous médicaux et la physiothérapie : « On attend encore que les choses s’améliorent pour de bon », dit-il.

Le souvenir de la soirée du drame est toujours bien présent. « Tout d’un coup, on a entendu des coups de feu. On ne savait pas c’était quoi. On a vu quelqu’un avec un pistolet. Il a commencé à tirer le monde. C’était la panique totale, totale. [...] Tu ne sais pas comment réagir parce que tu ne t’attends pas à ce que ça arrive dans une mosquée. »

Afin que les survivants parviennent à une véritable guérison, le tireur devra reconnaître ce qu’il a fait, croit Mohamed Khabar. « C’est la chose que je veux pour nous, les blessés, et pour les morts. Ce n’est pas facile. Ce sont des pères de famille. Que va-t-on dire aux orphelins? [...] Comment on va expliquer que leur père est mort dans la mosquée? »

Mohamed Khabar souhaite que l'accusé, Alexandre Bissonnette, qui a brièvement comparu ce matin sous haute surveillance, pour la divulgation de la preuve, assume ses responsabilités. Il espère que son avocat ne plaidera pas un problème de santé mentale durant le procès.

« Moi, j’ai une communauté qui va réagir. Elle ne va pas accepter ça. Venir avec des armes à la mosquée pour tuer du monde. Il y a des gens qui sont malades mentalement, mais ils ne font pas ça. »

Parmi les clients qui fréquentent le salon de barbier de Mohamed Khabar, il y en a de différentes nationalités, dont des Québécois.

Dès qu’il aura repris les ciseaux, il souhaite un retour normal même si l’attentat, lui, doit rester dans le souvenir collectif. Il a reçu des appels de sympathie à la maison de la part de ses clients. Les discussions qu'il tient dans son salon de barbier pour faire connaître sa communauté auront encore leur raison d'être.

« On va parler, on va discuter. On va dire : ce n’est pas ça les musulmans. Arrêtez de nous comparer avec des incidents qui se passent à l’autre du monde. On est à Québec. »

Mohamed Khabar croit aux liens entre les communautés, tout en demeurant lucide : « Il y en a du monde raciste, il y en a. Il y en a du monde qui n’accepte pas les autres », déplore-t-il.

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