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Projet d'immeuble pour déficients intellectuels à Québec

Un immeuble d'une cinquantaine de logements, presque entièrement dédié aux personnes déficientes intellectuelles, verra le jour à Québec dans un avenir rapproché.

Un texte de Stéphanie Tremblay

La moitié des appartements leur sera consacrée, l'autre moitié sera offerte à la population générale. Il ne reste que le terrain à trouver dans un secteur central.

Les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle ont peu d'endroits où se loger à l'âge adulte.

À Québec, les habitations pour accueillir à l'âge adulte les personnes qui vivent avec une déficience intellectuelle sont limitées. Il y a quelques ressources intermédiaires qui s'offrent à eux, sous la supervision du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Toutefois, ces ressources sont nettement insuffisantes.

Dans la plupart des cas, ils demeurent chez leurs parents et finissent par se retrouver tôt ou tard dans un CHSLD. Un non-sens pour le directeur de l'Association pour l'intégration sociale de Québec (AISQ), François Bellerive.

Pour remédier à ce problème, l'ASIQ a pris les choses en main. C'est ainsi que le projet APPART'enance est né, il y a quatre ans.

Mixité sociale

Pour M. Bellerive, il est essentiel que la base même du projet soit centrée sur la mixité sociale, afin d'éviter la ghettoïsation.

« C'est un projet innovant qui va amener la ville de Québec à penser autrement la déficience intellectuelle, à voir ces personnes-là comme ayant un fort potentiel d'autonomie et qui peuvent apporter énormément à la société. »

Une fois les personnes choisies pour le projet d'habitation, elles ne seront pas laissées à elle-même. Elles seront sous la supervision d'éducateurs spécialisés affiliés au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Le projet prévoit que l'AISQ y aura ses bureaux au rez-de-chaussée et qu'un autre organisme sera chargé de gérer la cuisine communautaire.

Volet formation

Il y a aussi un volet formation au projet. Pour s'assurer que les personnes déficientes soient en mesure de demeurer dans un appartement, avec tous les défis que cela comporte, des cours ont été conçus spécifiquement pour eux il y a deux ans et demi.

Ce sont les enseignants de La Maison des adultes de Charlesbourg qui donnent la formation, à raison d'un cours de soir par semaine, sur une période de trois ans.

Cours de cuisine, comment faire un budget, conseils de sécurité de base, tout est mis en oeuvre pour développer leur autonomie.

Une soixantaine d'élèves suivent la formation actuellement. La première cohorte terminera en décembre.

Ces cours pourraient faire partie des critères de sélection pour pouvoir habiter l'immeuble.

Des parents impliqués

L'idée même du projet d'immeuble et de la nouvelle formation offerte est venue de parents soucieux d'offrir une alternative intéressante à leurs enfants, une fois rendue à l'âge adulte.

Marie Boulanger-Lemieux est à la tête du conseil d'administration d'APPART'enance. Elle a elle-même un fils, Gabriel, 34 ans, qui a une déficience intellectuelle.

Son fils suit la formation et ça lui donne des ailes. « Pour lui, c'est devenu très important. Ce sont ses amis, il est très motivé, il prend ses responsabilités, il adore faire la cuisine, il a une belle autonomie. Je pense qu'il pourrait être un bon candidat pour le projet. »

S'inspirer des meilleures pratiques

D'autres projets d'habitation pour les personnes déficientes intellectuelles existent ailleurs en province, notamment à Pont-Rouge, Louiseville, Sherbrooke, Montréal et dans Bellechasse.

Les personnes qui oeuvrent dans APPART'enance se sont inspirées des meilleures pratiques pour concocter leur propre projet à Québec.

Terrain à trouver

APPART'enance est un projet réalisé en partenariat avec plusieurs acteurs, dont le CIUSSS, la Société d'habitation du Québec et la Ville de Québec. À terme, le projet est évalué à environ quatre millions de dollars.

La prochaine étape est cruciale: trouver le meilleur terrain pour y ériger l'immeuble. Il doit être localisé dans les quartiers centraux comme Sainte-Foy, Saint-Sauveur ou Limoilou, et être près des services de transport en commun. Des pourparlers sont en cours.

Une fois le terrain choisi, il ne restera qu'à construire l'immeuble et établir les critères de sélection pour les premiers locataires. Un horizon de deux ans est envisagé.

Alors que la première pelletée de terre n'est pas réalisée, des parents rêvent déjà d'une phase deux du projet, pour permettre à plus de gens possibles d'avoir un chez-soi à soi, malgré leur différence.

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