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Quand des jeunes s'éclatent au sirop contre la toux

Les cas d'abus liés aux boissons sucrées alcoolisées ont fait couler beaucoup d'encre au cours des dernières semaines. Mais les jeunes sont parfois créatifs dans leur recherche de sensations fortes. Certains s'enivrent au sirop contre la toux, en vente libre dans les pharmacies, qu'ils mélangent à d'autres substances pour en faire un cocktail potentiellement mortel.

Un texte de Carl Marchand

Le dextrométhorphane (DXM) est un dérivé de la codéine. Il se retrouve dans plusieurs sirops contre la toux sous le diminutif DM.

À Lévis, la coordonnatrice des maisons des jeunes de Saint-Jean-Chrysostome et de Charny, Dominique Riel-Roberge, a récemment vécu un cas de consommation de DXM. Deux jeunes s'étaient intoxiqués avec du sirop qu'ils avaient mélangé avec une autre boisson.

« En une ou deux bouteilles, ça peut vraiment affecter un jeune de 15 ou 16 ans assez rapidement », indique Mme Riel-Roberge.

La coordonnatrice précise que le phénomène n'est pas généralisé, mais qu'il est tout de même inquiétant. D'autant plus que de trouver une recette de « Purple drank » ou de « Purple juice », une mixture contenant du sirop contre la toux, est d'une facilité déconcertante sur Internet.

« Une surdose peut être mortelle. Le danger toxique n'est pas seulement du DXM, mais également d'autres substances dans le sirop », insiste Claude Rouillard, professeur titulaire à la Faculté de médecine de l'Université Laval, spécialisé dans les drogues d'abus.

Augmentation en Ontario

Le phénomène a même connu une recrudescence en Ontario.

L'organisme Jeunesse sans drogue indique qu'en 2017, environ 9,2 % des élèves entre la 7e et la 12e année avaient consommé du sirop contre la toux pour atteindre un état second, comparativement à 6,4 % en 2015.

Les données sont tirées d'un sondage que l'organisme réalise tous les deux ans depuis 1977.

« Il y avait un déclin depuis plusieurs années et de voir que depuis 2015, il y a une recrudescence et à un niveau maintenant plus élevé de ce qu'on avait vu, c'est inquiétant, parce que c'est une substance qui exige beaucoup de prévention », indique Marc Paris, directeur général de Jeunesse sans drogue.

De telles données n'existent pas au Québec.

En 2017, le Centre antipoison du Québec a toutefois répertorié 357 cas liés à l'exposition au DXM. Les données ne précisent pas l'âge de toutes les victimes d'intoxications et ne sont pas nécessairement liées à des jeunes en quête de sensations fortes.

L'organisme ne classait pas les données de la même manière en 2016, mais indique avoir recensé 342 cas.

« On peut bien penser que c'est similaire ici. Ce qui se passe en Ontario, ce n'est pas si loin », croit pour sa part Sylvain Cormier, pharmacien-propriétaire dans le secteur Neufchâtel à Québec.

Les plus grandes bouteilles de sirop contenant du DXM, celles de plus de 250 ml, ont déjà été placées en annexe 2 au Québec, soit en vente libre, mais derrière le comptoir. Les plus petites bouteilles demeurent cependant dans les allées.

« Il faut se poser la question et les autorités réglementaires devraient songer à ça. Je m'attends à ce que ça se produise éventuellement », ajoute le pharmacien, qui rappelle que certains États américains comme la Californie et l'Alaska ont interdit la vente du sirop contenant du DXM aux moins de 18 ans.

Un cocktail potentiellement addictif et mortel

Consommer du sirop pour atteindre un état second n'est pas nouveau, rappelle le professeur Claude Rouillard. Des cas d'intoxications sont signalés depuis les années 1970. Et l'appétit de certains jeunes pour les nouvelles expériences n'est lui non plus pas nouveau.

« Si le DXM devient non disponible, on va utiliser autre chose. Il n'y a presque pas de limite à ce qu'on peut utiliser pour avoir des sensations et utiliser comme drogue d'abus », précise Claude Rouillard.

« Partys de pillules »

Ce qui change, illustre Claude Rouillard, c'est une tendance chez les jeunes et les consommateurs de drogues au cours des dernières années de rechercher des sensations de plus en plus fortes, d'essayer de nouvelles choses, et ce, au plus faible coût.

Il cite en exemple le phénomène des « Party pills ». Des jeunes s'approvisionnent dans les flacons de médicaments de leurs parents pour les mettre en commun dans un bol. S'ensuit une période de consommation où chacun ne sait pas trop ce qu'il ingère.

« Un jeune de 15 ans ou 16 ans qui consomme ça, il n'a aucune idée de la pharmacologie des doses qu'il doit prendre et de ce que ça va donner », mentionne le professeur Rouillard.

Le pouvoir de l'exemple

Chose certaine, les cas de consommation abusive d'alcool ou d'autres substances chez les jeunes rappellent l'importance de la sensibilisation à la consommation responsable. Or, c'est parfois lorsque les adolescents voient un des leurs se taper un mauvais « trip » que le message est le plus efficace.

« À partir du moment où il y a des cas dans leur réseau proche, j'ai l'impression que ç'a un plus grand impact que de leur en avoir parlé », conclut pour sa part Dominique Riel-Roberge.

Avec la collaboration de Cathy Senay

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