Retour

Quand la moto devient une thérapie pour d'ex-militaires

Avec sa dizaine de bécanes en devanture, le garage de moto G.B. à Lévis a l'air d'un banal atelier. Mais à l'intérieur, on y répare bien plus que des moteurs ; on y reconstruit des militaires à la retraite, usés par des années de service et par un difficile retour à la vie civile.

Un reportage de Maxime Corneau

Le responsable de l’atelier, Guy Riel est un militaire à la retraite qui a combattu sur plusieurs continents pendant près de 30 ans. Son retrait de l’armée, il y a 12 ans, a aussi été un véritable combat.

« L’armée, du matin au soir, tout est structuré. Tu sais toujours ce qui va se passer. Mais quand tu arrives dans le civil, tu es devant un vide parce que cette structure-là est partie complètement », résume-t-il.

Passionné de moto, M. Riel invite maintenant à son garage d’anciens combattants qui éprouvent des difficultés à quitter le monde militaire.

C'est en prenant conscience de ce que le monde de la moto lui apportait que l'ex-militaire a décidé de partager sa passion avec d’autres vétérans pour leur venir en aide.

« Appelle-moi Lulu »

Le caporal-chef à la retraite de 51 ans, Lucien Guernon est ainsi devenu son premier apprenti mécano, après que Guy Riel l’a vu lancer un appel à l’aide sur les réseaux sociaux.

Pour celui que tout le monde appelle Lulu au garage, le retour à la vie civile s'est vécu « comme s'il frappait un mur. » Son syndrome post-traumatique ne faisait pas bon ménage avec ses nouvelles responsabilités.

Des gestes du quotidien comme assurer ses suivis médicaux, gérer sa pension ou s'inscrire à une formation pour dénicher un nouvel emploi sont rapidement devenus des sources de frustration.

L’armée s'était chargée de lui dire quoi faire et quoi penser pendant 30 ans; laissé à lui-même, l'homme était déboussolé.

« Moi, j’ai eu l’impression que je n’étais plus bon, un vaurien, un numéro parmi tant d'autres », dit-il, entre deux anecdotes sur ses missions passées.

Inspiré par son travail aux côtés de Guy Riel, Lucien suivra sous peu une formation pour se spécialiser dans la mécanique de petits engins. Dans quelques mois, il reviendra ensuite à l'atelier pour élargir l’offre de services du garage, qu’il ne souhaite pas quitter trop longtemps.

« La plus belle pilule »

Charles Paquet a lui aussi franchi la porte du garage alors qu’il était au plus bas. Le sergent à la retraite avait fait plusieurs tentatives de suicide, marqué par ses 25 ans de services dans les blindés, en Bosnie et en Afghanistan notamment.

« J’étais écœuré de vivre, j’étais écœuré de voir les images. Moi, j’appelle ça mon moulin à images », se rappelle-t-il.

Sous les encouragements de Guy Riel, il a suivi une thérapie fermée à la Vigile de Beauport. Charles a depuis repris goût à la vie et passe tous ses temps libres au garage et à l’école de moto voisine, où il travaille au service des ventes.

Son quotidien simple est aux antipodes des embûches qu’il vivait à sa sortie de l’armée. « C’est un peu [la retraite] comme Les douze travaux d’Astérix. Ici, il y a juste trois portes. Il n’y a pas de problèmes », résume-t-il.

Ironiquement, Charles Paquet n’aurait jamais pensé conduire une moto un jour en raison de ses maux de dos. Malgré tout, il a commencé ses formations pour devenir motocycliste, et il vit depuis quelques semaines ses premières expériences sur deux roues.

Si Charles présente un air sévère lorsqu'il raconte ses déboires des dernières années, son visage s’illumine lorsqu’il s’assoit sur sa moto.

Guy Riel et ses acolytes ont inauguré la semaine dernière le club de moto G.B. auquel les anciens militaires et les civils peuvent s’inscrire afin d’avoir accès au garage pour entretenir leur moto et bénéficier d'une oreille attentive.

Le propriétaire de l’école de moto voisine, Guyôme Blais, leur offre gratuitement la location du garage en échange de l’entretien du centre de formation.

Plus d'articles

Commentaires