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Québec annonce 1,5 milliard de plus pour les universités

La ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, a annoncé jeudi une bonification de 1,5 milliard de dollars en 2022-2023 pour les universités québécoises, qui pourront accueillir plus d'étudiants étrangers, et des mandats stratégiques de cinq ans.

Cela se traduit par une hausse du financement global d’environ 11,3 % par rapport à 2016-2017.

Un montant de 6,3 millions de dollars supplémentaires ira aux établissements de plus petite taille, confrontés à des dépenses d'enseignement plus élevées par étudiant, compte tenu de leur éloignement des grands centres.

Le gouvernement libéral prévoit l’abolition d’au moins la moitié de la trentaine « d’allocations spécifiques », des enveloppes que reçoivent les universités pour la poursuite de missions particulières. Il se dit prêt à diviser un montant de 20 millions de dollars entre les universités, ce qui représente l'équivalent de 0,7 % de leur financement, pour les aider à se spécialiser dans certains domaines qui respectent les orientations gouvernementales.

Il ne s’agit pas de réinvestissement, dit Lise Bissonnette

En entrevue à 24/60, Lise Bissonnette, ex-présidente du conseil d’administration de l’UQAM, rejette le qualificatif de « réinvestissement » pour les 1,5 milliard de dollars supplémentaires annoncés jeudi. « Il s’agit de rétablissement de sommes que les universités avaient perdues », insiste-t-elle.

Pour le démontrer, Mme Bissonnette rappelle qu’en 2012, le gouvernement contribuait à hauteur de 3,3 milliards de dollars pour le financement de l’ensemble des universités du Québec. En 2018, le budget provincial promet aux universités « un peu moins de 3,3 milliards de dollars ».

« Les universités ont beaucoup souffert au cours des dernières années » des compressions imposées par Québec, poursuit Mme Bissonnette. « Si vous avez le même budget cette année qu’il y a six ans, vous êtes plus pauvres », ajoute-t-elle.

« On a tendance à nous proposer des plans quinquennaux », fait remarquer Lise Bissonnette, qui note au passage que sur les 1,5 milliard de dollars, ce sont 200 millions de dollars qui iront aux universités cette année. Pour le reste, ce sera pour « les quatre autres années, ce sont des promesses électorales ». En cas d’imprévus, met-elle en garde, « on peut sabrer dans ces tableaux budgétaires qu’on nous présente aujourd’hui ».

Des plans de cinq ans

Selon le plan du gouvernement, le financement des établissements d’enseignement supérieur sera désormais quinquennal en vertu de « mandats stratégiques » élaborés conjointement par la direction des établissements et le gouvernement. Il ne s’agit pas de contrats de performance, a précisé la ministre David.

Plus d’étudiants étrangers, dont les frais de scolarité seront déplafonnés

Québec investira 22,8 millions de dollars dans l'aide directe aux établissements francophones pour accueillir environ 2500 nouveaux étudiants internationaux.

Le gouvernement accordera 9000 $ pour chacun de ces étudiants étrangers additionnels que l'université réussira à attirer. « Ça veut dire que si elle en attire 100, elle a 900 000 $ pour l'aider à recruter, à donner des bourses aux étudiants s'ils ne sont pas capables de payer le prix que demande l'université ».

Québec entend permettre aux universités de demander des droits de scolarité plus élevés aux étudiants non francophones qui viennent de l'étranger, à l’exception des étudiants de certains pays, notamment la France et la Belgique, dont les droits de scolarité demeureront protégés.

Le PQ craint de possibles « effets pervers »

Alexandre Cloutier, porte-parole du Parti québécois en matière d'enseignement supérieur et de recherche, dit craindre que le déplafonnement des droits de scolarité freine l'arrivée d'étudiants internationaux au Québec.

« Les universités francophones, ajoute-t-il, pourraient se tourner vers le marché anglophone pour avoir accès aux étudiants plus fortunés. »

Des balises pour les recteurs et les hauts dirigeants des universités

Il sera interdit aux recteurs de toucher des avantages périphériques, comme l'adhésion à des clubs privés ou le remboursement des frais de déplacement de leur conjoint ou conjointe. Ils ne pourront plus se faire rembourser des services domestiques, des assurances privées ou des conseils financiers.

Il en va de même pour les primes de rendement (et toute autre prime) ainsi que l'encadrement des avantages de fonction, tels que l'allocation automobile, les frais de déplacement et le paiement de la cotisation professionnelle.

La ministre souligne que les recteurs devront faire preuve de plus de transparence, produire et transmettre au gouvernement un rapport d'audit et diffuser l'information.

S’ils ne se conforment pas à cette règle budgétaire adoptée par le Conseil des ministres, les recteurs seront privés de 25 % de la masse salariale des hauts dirigeants de leur université.

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