Comme il l'a fait avec Bombardier et la C Series, le gouvernement du Québec vient en aide au chantier naval Davie en prenant une participation de 188 millions de dollars dans une filiale de l'entreprise, propriétaire du MV Astérix. Les intérêts sur la dette découlant des travaux sur ce bateau étaient devenus un véritable gouffre financier pour la compagnie de Lévis, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Davie possède le MV Astérix à travers la société Astérix inc. qui en fait la location à la Marine royale canadienne. C’est dans cette société que l’État québécois, par l'entremise de son bras financier Investissement Québec, prend une participation en échange d’actions privilégiées. Il deviendra ainsi propriétaire à 30 % du fameux navire, considéré comme un exploit d’ingénierie.

En entrevue à Radio-Canada, le ministre des Finances, Carlos Leitao, explique que cette transaction permet de « massivement pérenniser » la Davie et de la rendre apte à « faire des offres sur d’autres projets pour qu’elle puisse continuer de fonctionner ».

En retour, Investissement Québec s’attend à recevoir un rendement en dividendes de 5 % par année en plus de rendements additionnels divers. Sur 10 ans de location du navire suivis de sa vente, Québec espérerait toucher plus de 80 millions de dollars.

Une dette trop chère

Pour financer son projet de conversion en pétrolier ravitailleur du porte-conteneurs MV Astérix, Davie avait dû contracter un prêt à court terme à un taux d’intérêt très élevé d’environ 15 %. C’est que le financement comportait une importante part de risques en raison de l’ampleur du projet, d’autant plus que la réputation du chantier avait été mise à mal par le passé. Les retards et les dépassements de coûts pour la construction de deux navires destinés à la Société des traversiers du Québec sont un exemple parmi d’autres.

Dans le cadre de la transaction avec le gouvernement, le financement sera donc restructuré. Un consortium bancaire, dont fait partie JP Morgan, prêtera pour sa part 300 millions de dollars à la Davie à un plus faible taux d’intérêt d’un peu plus de 3 %. « C’est une opération financière, note Carlos Leitao, qui permet de dégager des marges de manœuvre de 4 millions de dollars par mois. »

Cet argent servira précisément à moderniser les équipements et à accroître la productivité du chantier en vue de répondre au contrat de conversion de trois brise-glaces destinés à la Garde côtière canadienne et à de futurs engagements. Trente des 188 millions de dollars provenant de Québec et au moins 15 millions de la maison-mère de la Davie, Inocea UK Limited, doivent également être injectés dans le chantier.

À la Davie, le vice-président aux affaires publiques, Frédérik Boisvert, rejette l'idée qu'il s'agit d'un sauvetage et considère plutôt que Québec y a vu une bonne occasion d'affaires. « Ça nous donne les moyens supplémentaires [liquidités] de réaliser des travaux d'envergure », insiste-t-il.

Des risques « minimes » pour Québec

La comparaison avec la prise de participation de Québec dans la société en commandite C Series de Bombardier s’arrêterait au montage financier. Le ministre des Finances estime que l’État est quasi assuré de faire de l’argent et que le risque est bien moindre.

D’abord, on fait valoir que le montant investi n’a rien à voir avec les 1,3 milliard de dollars injectés dans la C Series. Et d’un point de vue opérationnel, les risques seraient « minimes », selon Carlos Leitao : « Ici, c’est un projet qui était déjà en opération, alors que les avions de la C Series ne l’étaient pas encore; ils étaient en processus de certification. »

La location à long terme du MV Astérix à la Marine royale canadienne offre en effet une garantie de revenu fixe à l’État québécois.

Le Parti québécois mitigé

Le ministre disait s'attendre en entrevue à ce que son opération soit saluée par les partis d'opposition, puisque ces mêmes partis « encourageaient le gouvernement à faire tout ce qu’il pouvait [dans ce dossier] ».

Au Parti québécois, le porte-parole en matière d'emploi et de stratégie maritime, Harold Lebel, se réjouit de cette bonne nouvelle pour les travailleurs, mais avec une pointe d'amertume.

M. Lebel a l'impression que les Québécois paient en double. « Ça sert à un bateau qu'on paye déjà pour la Marine canadienne », dit-il. Selon lui, cette intervention aurait pu être évitée si le gouvernement fédéral n'avait pas octroyé la grande majorité des contrats ces dernières années à deux autres grands chantiers navals, Seaspan à Vancouver et Irving à Halifax.

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